jeudi, 23 mars 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Premières violences en bandes organisées

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Posté par fabrice
 

- 13 500 années

Hands in blood

« Pourquoi tant de haine ? »

Si les premiers signes de cannibalisme remontent à 800 000 ans, l’un des tout premiers homicides avérés à près de 400 000 ans, les premiers actes de violence en groupe sont beaucoup plus récents et correspondent au moment où disparaissaient les chasseurs-cueilleurs au profit des premiers sédentaires. En progression jusqu’au Moyen Age, la violence dans la société, malgré les apparences, connait depuis une décrue constante même si elle a tendance à se radicaliser.

La première trace de violence collective est datée entre 13 140 et 14 340 ans (1) avant notre ère. Elle s’est produite au nord du Soudan dans une région enclavée dans la vallée fertile du Nil mais cernée par un milieu naturel hostile.

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Les motifs de cet accès de violence restent évidemment mystérieux. Toutefois, il est possible que le site ait suscité la convoitise du voisinage à moins qu’il s’agisse de luttes internes provoquées par une diminution des ressources. Bref, pas suffisamment d’indices pour tirer cela au clair.

Les traces de violence interpersonnelle au paléolithique demeurent rares, en dehors des actes de cannibalisme dont les premiers remontent à 800 000 ans et pour lesquels seuls 2 cas attestent d’une agression avant le « festin » .

L’homme un « bon sauvage » ou « un loup pour l’homme » ?

On a coutume de dire que la violence chez l’espèce humaine a pris son essor à partir du moment où l’homme à commencer à s’approprier biens et territoires et a vu sa démographie augmenter.

Une chose est certaine :  si la violence contre autrui remonte à au moins 430 000 ans, les premiers actes de guerre sont beaucoup plus récents, il y a 12 000 ans environ.

Alors comment choisir entre la vision Rousseauiste du « Bon sauvage » et celle de Hobbes pour qui « l’homme est un loup pour l’homme » ?

L’homme : une des espèces les plus violentes

Une étude de septembre 2016 (4) apporte un nouvel éclairage sur cette controverse. Elle démontre que le taux de décès des humains causés par d’autres humains est de 2 %, ce qui place l’homme parmi les espèces les plus violentes. Cependant, ce niveau de violence élevé n’est pas l’apanage de l’espèce humaine.

L’étude révèle que la violence est un trait partagé par les mammifères en général. Les suricates, [petit carnivore vivant dans le désert ouest-africain] apparaissent comme les mammifères les plus violents mais on peut citer aussi les lions et les loups et, plus surprenants, les marmottes et mêmes les chevaux.

Il apparait qu’une espèce qui se trouve placée dans la chaîne évolutive à proximité d’autres espèces violentes présente elle-même un comportement violent. L’inverse se vérifie également.
Les explications à ce phénomène sont nombreuses et dépendent des espèces. Les infanticides, par exemple, peuvent être vus comme un moyen d’adaptation tout comme la compétition entres mâles pour une femelle.

La violence en baisse depuis le Moyen-Âge

Si le niveau de violence s’est accru après l’époque des chasseurs-cueilleurs, elle est en déclin depuis la fin du Moyen Âge selon les travaux du sociologue allemand Norbert Elias (2). Cette tendance vers une société moins violente serait la conséquence conjointe d’un renforcement de l’Etat et de l’autocontrainte débouchant sur l’émergence de la notion de civilité.

Au vu des différents indices comme celui du taux d’homicide qui se réduit de moitié entre le XIIIè et le XVIème siècle (3), il est incontestable que le XVI et XVII ème siècle marque un tournant dans la violence.
Autre tournant dont nous avons peu conscience, depuis 1945, l’écrasante majorité des Européens n’a ni blessé, ni tué au cours d’un conflit, ce qui est une première dans notre histoire.

Aristote aurait finalement raison lorsqu’il affirme que l’homme est fait pour vivre en société et naturellement fait pour la communication et donc pour pacifier.


La violence « enragée »

Ce n’est pas d’hier que les bandes de jeunes existent et inquiètent leurs ainés. Rien qu’au XX ème siécle, on les a appelés successivement (5) :

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  • les « Apaches ». Groupes de jeunes de milieux ouvriers, durant « la Belle époque » en rupture avec le mode de vie en usine. Ils sévissent sur les « fortifs » de Paris
  • Au début des années 60, les « blousons noirs » également issus de milieux ouvriers, en révolte contre le monde adulte et bourgeois et véhiculant leur propre code culturel : rock, blouson, coupe de cheveux.
  • A partir des années 80, les « zoulous » incarnent l’archétype des jeunes dangereux et incontrôlables, issus des cités et le plus souvent de l’immigration maghrébine et africaine avec une volonté de repli identitaire.

Depuis les années 2000, on vit un nouveau cycle de violence juvénile qui cette fois devient moins crapuleuse mais plus gratuite avec un accroissement du nombre des mineurs impliqués. (En 2011, on passe de 24 500 à plus de 36 000 cas).


Peace and love

Malgré les actualités, la non-violence serait-elle en passe de devenir tendance ?

carte-homicide-mondePrenons l’année qui a suivi les attentats du 11 septembre. Eh bien, on risquait moins d’être victime d’un homicide ou d’une balle d’un soldat que de mourir de sa propre main (6). En effet, en 2002, sur 57 millions de morts dans le monde, 172 000 « seulement » sont morts de la guerre et 569 000  de crimes violents, soit un total de 741 000 victimes de violence humaines pour 873 000 suicides.

Durant l’Europe médiévale, entre 20 et 40 habitants sur 100 000 habitants étaient assassinés chaque année. Aujourd’hui ce nombre est tombé à 9. Encore faut-il prendre en compte des pays particulièrement violent comme la Somalie, la Colombie ou le Honduras (90 homicides volontaires pour 100 000). Soyons rassurés, dans l’Union européenne, la moyenne est d’1 meurtre pour 100 000 habitants. En France, entre 1995 et 2011, le nombre d’homicides a été divisé par deux, pour atteindre 800 par an !

En fait, on vit la période la plus calme depuis l’Emprire Romain. Même la Seconde guerre mondiale, avec ses 55 millions de morts n’a décimé « que » 2% de la population contre 10 % lors des Invasions Mongoles de Gensis Khan au XIII ème siècle.

Aujourd’hui, malgré les idées reçues, on risque bien moins sa peau dans les rue de Chicago ou de Rio de Janeiro que les inidigènes Waorani ou l’Arawete  au fin fond de la forêt amazonienne. Des études (7) ont montré que près de la moitié d’entre eux ne survivront pas à des conflits violents, à cause des femme, du prestige ou de la propriété.

 

 publié le 14 octobre 2016

1 – Dénommé « Site 117 » cité dans « Préhistoire de la violence et de la Guerre » Marylène PATOU-MATHIS – Ed. Odile Jacob
2- « Une histoire du processus de civilisation » publiée en 1939 et rééditée en 1973 et 1975, sous le titre « La civilisation des mœurs ».
3- En Angleterre, par exemple, le taux passe de 20 homicides pour 100 000 habitants au XIII ème siècle pour descendre à 10 pour 100 000 4 siècles plus tard. – Histoire Pour tous – Aurèlie Perret – Février 2015
4 – Etude « The phylogenetic roots of human lethal violence » dirigée par José Maria Gomez Reyes de l’Université de Grenade, Espagne publiée par Nature le 28 septembre 2016
5- https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2007-1-page-111.htm
6- « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » – Yuval Noah Harari – Albin Michel – Ed. 2015
7- « Body Counts in Lowland South American Violence » Walker et Bailey


A visionner pour mieux comprendre :




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