vendredi, 18 août 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les toutes premières récoltes

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Posté par fabrice
 


- 8 500 ans avant notre ère

Semer à tout vent

 

Il y a plus de 10 000 ans, l’homme va enfin dompter son environnement. En observant qu’une graine tombée à terre peut engendrer une nouvelle plante, une idée va finir par germer. C’est une révolution des cultures, celle des champs comme celle des esprits.

Ce n’est qu’une enfant, 15 ans maximum. Ses jambes sont robustes, équipées de sorte de jambières, le haut des cuisses est protégé par un lourd manteau d’herbes tressées. Dessous, elle porte un mélimélo de peaux de bêtes cousues à l’aide de lanières de cuir.

Les germes d’un monde nouveau

Elle sort d’une belle forêt peuplée d’aurochs, de cerfs, de chevreuils et de sangliers, signature d’un réchauffement climatique sensible (fin de la dernière glaciation).  Avec son bébé qu’elle porte sur son dos emmitouflé dans une peau de bête, elle se penche sur un épis. Celui-ci frémit au vent comme pour signaler qu’il s’agit de l’un des tout premiers épis cultivés par la main de l’homme.

Elle ne le sait pas encore mais la vie de son enfant, et surtout des enfants de son enfant, n’aura rien de comparable à la sienne. Ils vont vivre la plus importante transformation du mode de vie qu’ait connue l’humanité. C’est ce que les spécialistes appellent la révolution néolithique.

Les cultivateurs en herbe !

L’homme jusqu’ici subissait son environnement. Il va enfin le dompter. Comment ? En mettant à profit une observation aussi vieille que le monde : une graine tombée à terre peut engendrer une nouvelle plante.

Dès lors, les cultivateurs en herbe vont tenter pour la première fois une action inédite : récolter des graines de blé et les semer près de leurs habitations. Cela a dû se faire par étapes : au début, lorsqu’on ramassait des céréales sauvages, on abandonnait quelques graines sur place en espérant que ce geste serait récompensé lors de la saison suivante. On avait donc compris le principe germinatif des graines.  

La germination était, sans aucun doute, déjà connue des chasseurs /cueilleurs mais le passage à l’étape de culture n’avait pas encore germé dans leur esprit. Alors pourquoi, partout à travers le globe, en Amérique, en Chine, au Moyen-Orient, en Europe, l’agriculture prend racine presque simultanément (1) ?

Une révolution autant culturelle que de l’agriculture

Plus que l’évolution des techniques, c’est celle des mentalités qui est à l’oeuvre. Et la première d’entre elles, l’acceptation de se sédentariser.

L’agriculture, cette innovation qui  ensemence l’ensemble du globe, ne résulte donc pas d’une pénurie car l’époque est à l’abondance. Il s’agit, à l’origine, d’une révolution socio-culturelle visant à créer de nouveaux rapports sociaux résultant d’un accroissement démographique des groupes humains. Groupes qui vont connaitre davantage la promiscuité du fait de la sédentarisation.

Cette situation nouvelle va donner naissance aux toutes premières obligations sociales comme offrir des graines ou les produits de la récolte. Éviter les tensions au sein de groupes trop importants, en empéchant leur scission, telles seraient les vertus premières des plantes cultivées !

La domestication : une innovation capitale, foi d’animal !

Le végétal, c’est bien mais n’oublions pas l’animal. 500 ans plus tard, la chèvre et le mouton feront partie du premier lot de domestication, suivront le cochon, vers – 7000 ans avant notre ère et la vache vers – 6000 ans.

Quant au chien, il a bénéficié d’un traitement de faveur, en ayant été domestiqué le premier, il y a 12 000 ans. Meilleur ami de l’homme oblige ! Alain Testard (1) y décèle même la « toute première invention virtuelle ». En effet, le chien est d’abord « utilisé » comme un animal d’agrément bien avant de l’affecter à des fonctions utiles comme la chasse ou le gardiennage des troupeaux.

Après l’âge de la pierre taillée, le Paléolithique et l’âge de la pierre polie, le Néolithique, l’humanité se prépare à connaître l’âge des saisons qui va rythmer la vie des hommes durant dix millénaires.

Leçon de l’histoire : « L’âge de pierre ne s’est pas arrêté par manque de pierres », comme le soulignait Cheikh Yamani, ancien ministre saoudien du pétrole.


 Avec l’avènement de l’agriculture, la matière grise a-t-elle mangé son pain blanc ?

Avec l’apparition de l’agriculture, pour la toute première fois, les performances du cerveau humain seraient en déclin. Culture et agriculture ne feraient-elles pas bon ménage ?   

Il s’agit d’une thèse surprenante défendue par Gerald Crabtree, professeur de biologie du développement à l’université californienne de Stanford. Celle-ci est fondée sur les dernières données en matière de génétique, anthropologie et de neurobiologie.

Depuis l'avènement de l'agriculture, les capacités intellectuelles de l'homme sont-elles en baisse ?

Parmi les 2000 à 5000 gènes impliqués dans les facultés intellectuelles, le chercheur estime qu’au fil des générations (120 en 3000 ans), les mutations génétiques n’ont pût qu’avoir un effet néfaste sur notre qualité intellectuelle.

Avant la sortie d’Afrique de l’homo sapiens (il y a 50 000 ans environ), l’intelligence a été un facteur clé pour sa survie. Avec la densification de la population conséquence de l’apparition de l’agriculture, la sélection naturelle a changé de nature. Celle-ci s’est focalisée davantage sur la résistance aux maladies, effet collatéral de l’urbanisation, au détriment du développement intellectuel. 

Pour la toute première fois, l’homme aurait entamé son avancée vers l’abêtissement.

Cette théorie reste toutefois très controversée. Ces détracteurs mettent en avant les facteurs non génétiques comme la culture, l’éducation, les interactions sociales, dont le poids est probablement considérable. D’autant, que ces  éléments épi génétiques, se renforcent au fil de l’évolution et joue un rôle bien plus important aujourd’hui qu’à l’époque des chasseurs-cueilleurs.

Alors l’intelligence a-t-elle atteint son apogée, il y a près de 10 000 ans ou au contraire est-elle en train de récolter les fruits issus du développement de la société commencé à cette époque ?   

Bien malin qui peut le dire !


 1 – Concept d’invention virtuelle développé par Alain Testard, anthropologue au Collège de France, dans le livre « Avant l’histoire »


A visionner pour mieux comprendre :


Le sacre de l’homme (1/9)


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Une théorie lie débuts de l’agriculture et réchauffement. Et si, en réalité, l’homme façonnait le climat de la planète depuis bien longtemps ? C’est la surprenante théorie du paléoclimatologue William Ruddiman. Selon le chercheur, l’influence de l’homme sur le climat a commencé avec les débuts de l’agriculture, il y a quelque 8 000 ans.
  • Agriculteurs du monde : Du Néolithique à nos jours. Sur 6 milliards d’humains, près de la moitié sont agriculteurs. Ils cultivent des plantes et élèvent des animaux domestiques, produisant presque toute la nourriture de l’humanité. Dans quels foyers, à quelle époque, de quelle façon certains humains sont-ils devenus agriculteurs ?



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