lundi, 27 février 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers jeux de société

(votes : 50)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 3 000 ans (avant notre ère)

Quand la MISE fut venue

frise_jeu

La nature humaine est joueuse, depuis toujours. Le jeu est devenu un phénomène de société depuis plus 5000 ans; avec le succès des jeux vidéos ce n’est pas près de s’arrêter.  L’homo sapiens serait-il avant tout un homo ludens ?

En 1997, un cerveau électronique met un terme à des siècles d’hégémonie de cervelles humaines : Deep blue d’IBM bat, pour la première fois, un champion du monde d’Echecs (dans le cadre d’une partie d’échec avec contrôle du temps traditionnel). Pour l’intelligence humaine, championne de la « phosphoration » toutes catégories, c’est à la fois une terrible humiliation et une formidable victoire.

Dans cette histoire, reconnaissons-le, l’homme a été beau joueur. Consacrer toute son intelligence pour transmettre le goût du jeu à des « cerveaux cybernétiques » dans l’unique but de se faire battre par l’une de ses propres inventions, c’est fair play !

D’autant plus fair play que l’homme s’est initié tout seul. Et cela lui a pris du temps. Entre les balbutiements de la civilisation et les premiers jeux de société, il va en effet se dérouler 5000 ans. Cependant, si l’on s’en tient à l’activité ludique stricto sensu, celle-ci  accompagne l’homme depuis  ses premiers pas, à l’instar des primates dont le jeu, avec ou sans objet, est une activité sociale. On a d’ailleurs retrouvé des objets miniatures qui remontent à 10 000 ans av-J.-C. dont on peut penser qu’il s’agit des premiers jouets.

Quand la société se prend au jeu

Mais revenons à la case Départ !  Nous sommes en Égypte, plus de 3000 ans avant notre ère. Pour la toute première fois, la société se prend au jeu en concevant le tout premier véritable jeu de société connu. Il consistait à déplacer des pions sur 3 rangées de 6 cases.

Bien plus tard, vers le Ve siècle (après J.-C), les Perses en complexifient le principe : Ils introduisent un principe de hiérarchisation des pièces. D’une certaine manière, les bases du jeu d’échec[1] étaient posées. Il prend le nom de Chatrang.

Cependant, l’origine du jeu d’échec est encore controversé et les seules traces tangibles datent des années 600. Il s’agit de textes transcrits qui mentionnent l’existence de joueurs d’échecs. C’est d’ailleurs de cette période que remonte le véritable ancêtre officiel : le jeu indien Chaturanga.  Rançon du succès, les échecs multiplient les légendes à leur égard.

A partir de l’invasion de la Perse par les arabes (en 637) , les échecs vont connaître un essor considérable. Au cours des IXè et Xème siècle, on évoque les premiers traités sur le sujet et les premiers champions. Puis vers l’an mille, le jeu est introduit en Europe via l’Espagne alors musulmane.

Quand les égyptiens étaient beaux joueurs

Décidément, les Égyptiens ont l’esprit joueur. Presque simultanément au premier jeu de société de l’histoire , ils imaginent un autre jeu : le Mehen ou jeu du serpent. Un serpent enroulé sur lui même est représenté sur une tablette. Les joueurs doivent progresser sur ce parcours, en utilisant des figurines, 3 lionnes et 3 lions et 36 billes. Un jeu de l’ Oie en quelque sorte.

senetancien
Le jeu de Senet, une forme de damier de 30 cases réparties en 3 rangées.

Un peu plus tard, ces mêmes Égyptiens conçoivent le jeu de Senet (jeu de passage se jouant à deux), considéré comme l’ancêtre du Backgammon. Les premières représentations, datées– 2650 ans avant J.-C., apparaissent en peinture sur les tombes de pharaons.

Les égyptologues exhumeront une quarantaine de jeux dans un état de conservation exceptionnelle. Apparu au moment de l’âge d’or de la civilisation égyptienne (Ancien Empire), ce jeu est sans doute devenu le plus populaire de l’Egypte lors du Nouvel Empire (-1500 à -1000 ans).

Quand le jeu n’en valait pas encore la chandelle

Cette volonté d’animer les longues nuits d’hiver ne datent probablement pas d’hier. L’historien néerlandais Johan Huizinga[2] considère que les sociétés humaines sont profondément façonnées par le « suspecie ludi », l’élément ludique. Guerre et paix, art, justice, langue philosophie, tout ne serait que jeu.

Bien que nos aïeux d’il y a 30 000 ans  nous aient laissé aucune trace de jouets, leurs enfants s’amusaient vraisemblablement avec des objets dénichés ici ou là, comme le font encore aujourd’hui certains tribus primitives.

A partir du moment où le nomade devient paysan (il y a plus de 10 000 ans), on découvre des objets miniaturisés d’outils, d’armes, des statuettes et des figurines représentant notamment des animaux. Peut-on parler de jouet ? On l’ignore bien évidemment.

Quand « Alea jacta est »

A l’époque romaine, les dés sont lancés !  Apparus chez les Égyptiens mais aussi en Inde, vers 3000 ans avant notre ère, les dès faisaient largement partis du paysage ludiques dans les couches populaires romaines comme dans les hautes sphères. On rapporte que l’empereur Néron n’hésitait pas à jouer sur un coup de dés la somme de 400 000 sesterces, soit l’équivalent de la solde de 400 soldats.

Plus généralement, Grecs et Romains prisaient particulièrement les jeux de sociétés stratégiques, comme le « jeu de poilis » (jeu de la ville) ou le jeu romain à caractère militaire « Latroncules ».

Quand on abat une nouvelle carte

Dans cette panoplie des jeux traditionnels, il reste une carte à jouer. Le jeu de cartes fera son apparition pour la toute première fois en 1370. Les jeux de cartes inondent l’Europe grâce à l’essor de l’imprimerie. A la fin du XIXe siècle, les cartes adopteront des décors spécifiques, plus proches du réel. La voie est ouverte pour de nouveaux types de jeux, comme le Monopoly dont le premier lancé de dés date de 1930.

En 1971, l’univers ludique connaît une nouvelle aventure avec les tout premiers jeux de rôle, signe avant-coureurs d’une société en pleine transformation tendant à allier performance individuelle et plaisirs partagés. Gary Gigax et son ami Dave Arneson conçoivent un jeu d’un genre nouveau : « Chainmail ». Bien qu’il s’agisse d’un jeu de guerre, des créatures fantastiques y sont incluses, ainsi que de la magie, et surtout la possibilité de jouer à « un contre un ».

Un jeu à somme très positive !

Aujourd’hui, 700 nouveaux jeux sont mis sur le marché chaque année et compte tenu de la progression des ventes (+ 35% en 2005), le jeu en vaut apparemment la chandelle.

En 5000 ans, le jeu a beaucoup rebattu les cartes au point de devenir un véritable empire au service ou au détriment de la société, à vous de juger. Il devient un enjeu de société tant du point de vue éducatif : 5 millions d’enfants américains seraient devenus addicts- qu’en terme écologique : les trois principales consoles (Wii, Xbox 360 et Playstation) consomment 16 milliards de kwh par an, rien qu’aux USA, selon le Natural Resources Defense Council (NRDC).

Face à une avidité de virtualité, les maîtres du jeu deviendront-ils les maîtres du monde ? Du moins, deviendront-ils les maîtres d’un monde qui, comme le pense le sociologue Michel Maffesoli, est en train de changer de paradigme : aujourd’hui et encore plus demain, place au présent et au carpe diem.

Tout l’univers des jeux en somme.

monopoly_iphone


Le jeu en quelques dates :

  • Vers 3000 ans av-J.-C : premières toupies & premiers jeux de sociétés
  • 2300 ans av-J.-C : premiers jeux d’argent enregistrés, en Chine
  • 700 ans av-J.-C : premières poupées avec membres articulées ;
  • 500 ans av-J.-C : jeu de la Marelle;
  • 600 ans ap J.-C : premiers joueurs d’échecs
  • 813 : le Concile de Mayence décide de sanctionner les chrétiens qui s’adonnent aux jeux de hasard;
  • Du temps des croisades : précurseur du poker, variante du jeu iranien Asnas ;
  • 1638 : un des premiers casinos, à Venise
  • 1887 : les premiers paris sportifs apparaissent en France (en 1930, aux Usa et en Angleterre)
  • 1890 : le Bridge, issu du Whist mais avec la possibilité de choisir son atout ;
  • 1891 : Le Pari Mutuel apparait en France;
  • 1900 (vers) : Invention de jeu de Belotte par F. Belot.
  • 1930 : Premier Monopoly ;
  • 1950 : Apparition du Scrabble ;
  • 1952 : Oxo, 1er jeu vidéo, basé sur le principe d’alignement ;
  • 1954 : jeu des 1000 bornes ;
  • 1957 : précurseur des wargames et des jeux de simulation ;
  • 1958 : Tennis for two, jeu vidéo sur ordinateur relié à un oscilloscope ;
  • 1971 : précurseur des jeux de rôle, le jeu de guerre Chainmail qui introduit des créatures fantastiques ;
  • 1974 : premiers jeu de rôles : Donjons et Dragons ;
  • 1976 : naissance du Loto national;  le Loto sportif en 1985 ;
  • 1984 : premiers jeux de connaissance « prêts à jouer, sans apprentissages de règles, comme le Trivial Poursuit ;
  • 2003 : premiers avatars sur Second Life (SL), un monde virtuel en 3 D ;
  • 2010 : A l’occasion  de la Coupe du Monde de Football, les paris sportifs en ligne sont libéralisés en France ;

Notre civilisation est la plus joueuse !

Pour Jean-Marie Lhôte, auteur de «HISTOIRE DES JEUX DE SOCIETES», notre époque connaît pour la toute première fois  une déconnexion du réel par rapport au travail, ainsi que la perte du sacré. Selon lui, cela se traduit par 4 points que l’on retrouve dans les jeux d’aujourd’hui :

jeux-de-societe-resize

« L’invention de l’électricité au XIXe abolit le jour et la nuit. Il n’y a donc plus de limites entre le sacré, qui est solaire, et la folie, le jeu, lunaire. Le défi aux lois de la pesanteur ;

Ensuite : depuis un siècle, on fait ce qu’on veut dans tous les sens avec le fer, le béton, alors qu’avant on posait rationnellement une pierre sur une autre.

Puis la relation à l’argent, qui s’est totalement déconnectée du travail: avant, il y avait capitalistes et ouvriers, c’était de l’exploitation et je ne défends pas cela. Mais l’argent était directement lié au travail, alors qu’aujourd’hui, avec la bourse, les banques, il est totalement abstrait.

Et enfin, la pilule, invention formidable, il n’y a pas à revenir là-dessus, mais qui sépare totalement l’acte sexuel de la réalité de la procréation.
La déconnexion, c’est la première caractéristique du jeu. A l’inverse de la mémoire, du sacré, du réel et du travail (continuité), la deuxième caractéristique du jeu, c’est la discontinuité: à moins d’avoir basculé dans la folie, un vrai joueur n’aime pas jouer longtemps. Typique de la démocratie qui joue sur la discontinuité: on vote tout le temps, le plus souvent possible.

On zappe en politique comme à la télé. »

Publié le 19 septembre 2015


1 – Peu d’inventions n’auront fait l’objet d’autant de mystères et de légendes que la naissance du jeu d’échec. Parmi elles, citons celle du roi Belkib (- 3000 ans ) qui cherche à tromper son ennui. Il promet une forte récompense à celui qui y parviendra. Sissa, un sage du royaume, lui présente le jeu d’échec. Il lui demande en échange, un cadeau qui parait anodin : lui verser 1 grain de blé sur la première case, puis 2 sur la seconde, 4 sur la troisième, 8 sur la quatrième et ainsi de suite. Bien conseillé, le roi Belkib refusa le marché qui aurait mené le royaume à la catastrophe. Toutes les récoltes de l’année n’auraient pas suffi. Sur la 64ème et dernière case du jeu, le roi aurait dû déposer 18 446 744 073 709 551 615 grains de blé. Loin d’être une paille !
2 – Interview conduite par Emmanuelle Perret – Libération 28 décembre 1994


A visionner pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La saga des jeux vidéo : De Pong à Lara Croft ; Daniel Ichbiah –Ed. Vuibert. La saga des jeux vidéo raconte comment une poignée de créateurs a donné naissance à un langage universel. Fourmillant d’anecdotes et de témoignages, cet ouvrage relate la métamorphose de l’industrie du jeu vidéo durant trois décennies.
  • Homo ludens – Si le nom d’Homo sapiens ne convient pas très bien à notre espèce parce que nous ne sommes pas tellement raisonnables, si celui d’Homo faber nous définit encore moins bien, car faber peut qualifier maint animal, ne pourrait-on pas ajouter à ces termes celui d’Homo ludens,  » homme qui joue ?  » C’est ce que propose Johan Huizinga dans cet essai, où il montre que le jeu est facteur fondamental de tout ce qui se produit au monde.
  • Visitez Homo Ludens le site internet du Groupe de recherche sur la socialisation et la communication dans les jeux vidéo. Jouer est une fonction vitale pour le développement de l’humain. L’homme est un Homo Ludens!
  • LE jeu le plus dur au monde ! Le but est très très simple. Il suffit de déplacer un carré rouge d’une zone à une autre sans toucher les boules bleues et en attrapant les boules jaunes. Tout cela sans chrono donc vous avez tout votre temps !!!

 




Sur le même thème :

7 commentaires

  1. marius oiry a écrit,

    desolé pour le message ci dessous

    Posté le 1 décembre, 2015 à 11 h 24 min

  2. Homosapiens a écrit,

    Salut homoluden

    Posté le 24 septembre, 2015 à 7 h 31 min

  3. Homoluden a écrit,

    L’homo luden apprécie ce site

    Posté le 24 septembre, 2015 à 7 h 21 min

  4. Alameda a écrit,

    très bien fournis surtout au niveau de l’historique
    Merci Beaucoup car sa va me permettre de rédiger mon dossier d’arts pour mon bac ;)

    Posté le 21 mars, 2015 à 12 h 16 min

  5. lool a écrit,

    yiiiiiiha

    Posté le 24 septembre, 2013 à 8 h 10 min

  6. J. a écrit,

    Très bon article, merci ! Il va m’aider à faire mon exposé!

    Posté le 19 septembre, 2013 à 19 h 46 min

  7. Amine a écrit,

    Et les jeux de casino, ne sont-ils pas des jeux de société ?

    Posté le 27 mai, 2011 à 15 h 50 min

Ajouter un commentaire