jeudi, 30 mars 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers grands-parents

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Posté par fabrice
 

- 30 000 ans environ

Papy fait de la résistance !

 

Dans la Famille « Homo-Sapiens », je recherche : les Grands-Parents !!

Incongrue, lors de l’apparition des premiers humains, il y a environ 200 000 ans, cette annonce devient envisageable à l’époque de l’homme de Cro-Magnon, voici 30 000 ans. Avec l’apparition des Grand-parents, qui est la conséquence de l’allongement de la durée de vie, la civilisation est en marche.

Pourquoi cette situation a-elle évolué et en quoi ce changement va-t-il être un élément-clé de l’évolution ?

Dans les populations anciennes, la proportion d’adultes qui vivaient assez vieux pour devenir grands-parents, c’est-à-dire des parents d’adultes en âge de procréer est extrêmement réduite. Par exemple, sur le site d’Atapuerca, en Espagne datant de 600 000 ans, tous les individus mouraient avant l’âge de 35 ans et très peu atteignaient cet âge.

Or chez les hommes préhistoriques, l’âge de procréation est estimé à 15 ans, on devient donc au mieux grands-parents à partir de 30 ans. Mais, comme on vient de le voir, la chance d’atteindre cet âge est restée très faible parmi les populations archaïques (1).

Le ratio vieux/jeunes, dénommé OY ratio (old-young ratio) par les paléo-démographes n’a guère évolué entre 3 millions d’années et 35 000 ans. Les jeunes représentant une écrasante majorité par rapport aux « adultes âgés », c’est-à-dire les individus dépassant les 30 ans;

Les vieux : un vrai coup de jeune pour l’évolution !

Miracle ! Subitement, au moment de l’apparition des premiers Européens modernes, il y a un peu plus de 30 000 ans (paléolithique supérieur), ce ratio vieux-jeunes connaît un véritable bouleversement. Il est multiplié par 5 ! Mieux, 65 % des adultes sont grands-parents. Il devient donc courant qu’un jeune soit accompagné par 2 adultes assez âgés pour être ses grands-parents, situation qui jusqu’alors tenait de l’exception.

On assiste donc pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité à l’avènement des grands-parents. Et c’est un véritable événement !

Cette longévité qui est restée quasiment stable et faible durant des centaines de milliers d’années, si l’on remonte à l’époque de Australopithèques (3 millions d’années), s’est donc accélérée soudainement.

Quelle en est la raison ? Cela résulte-t-il d’une évolution génétique, anatomique ou bien d’une évolution culturelle ? Selon Rachel Caspari, professeur d’anthropologie à l’Université de Central Michigan (Mount Pleasant, USA) Le phénomène semble avant tout culturel.

Les avantages de la multigénération

Quelles que soient les époques, les familles multi-générationnelles favorisent la transmission à leurs descendants de règles, de savoir-faire et génèrent de l’entraide. Par exemple, les grands-parents « préhistoriques » étaient probablement en mesure d’identifier les cousins éloignés ou de dire qui appartenait à la famille. Tout cela était bénéfique pour la lignée, la survie et donc l’allongement de la vie. Au final, cet allongement de la vie conduira à renforcer la cohabitation de différentes générations et à la densité des populations.

Avoir un papy ou une mamy pour s’occuper des enfants permettait aux parents de se libérer des tâches parentales. Lorsqu’on est pêcheur/cueilleur, ce n’est pas négligeable. Comme le souligne Mme Caspari « chez les premiers humains, les groupes qui avaient une forte proportion de grands-parents avaient un avantage du point de vue de l’évolution ».  Autrement dit, les grands-parents ont été un facteur positif pour l’évolution et notamment pour les hommes anatomiquement modernes.

L’hypothèse de la « grand-mère »

Cette théorie connue sous l’expression « L’hypothèse de la grand-mère » défend donc l’idée qu’avec l’accroissement sensible de la proportion des grands-parents dans la cellule familiale, les sociétés humaines vont devenir plus productives tout en renforçant le lien social. Autrement dit, on assiste à l’émergence des sociétés tribales et bientôt de la civilisation. Il s’agit donc d’un cercle vertueux qui va agir à la fois sur la démographie, la complexité culturelle et, plus tard, le développement commercial.

En effet, les aînés transmettent oralement des informations dans de nombreux domaines, culturels, techniques, familial. Grâce à cela les liens de parenté vont se développer ainsi que les principes d’entraide particulièrement nécessaires lors des coups durs qui ne manquent pas dans ces temps reculés !

Désormais, pour le plus grand bonheur des petits et des grands, papy va faire de la résistance !


Les grands-parents, pivots de la société.

Les grands-parents jouent un rôle clé dans la famille et représentent un point d’ancrage dans les familles recomposées. Ils sont plus de 80 % à garder plus ou moins régulièrement leurs petits-enfants (2). Cet îlot d’équilibre apparaît pour certains si important, qu’une association (3) propose de « prêter » des grands-parents à des enfants qui en sont « dépourvus ». Ainsi, en décembre 1998, Annick et Guy Righès ont été les premiers « grands-parents » d’adoption. Sans lien légal, ils sont devenus papy et mamy de Maxime et Matthieu, âgé respectivement de 4 et 5 ans à l’époque.

Papy et mamy « gâteau » ont été gâtés !


(1) Source : Pour la Science N° 410 – décembre 2011 – « Les grands-parents : un moteur de l’Evolution ».
(2) Enquête réalisée de 1992 à 1996, par Claudine Attias-Donfut, directrice de recherche à la Caisse Nationale d’assurance Vieillesse.
(3) Association créée en 1998 par Rémi et Michelle Joyaux.


A visionner pour mieux comprendre :


L’aventure des premiers hommes – Ep01 – L’afrique par alxka

 


A  lire par curiosité :

    • Pourquoi j’ai mangé mon père: Roy Lewis  – Pocket

      Utilisant avec réussite le principe ancien qui consiste à transposer dans une époque (la préhistoire), la pensée d’une autre (la nôtre), Roy Lewis nous conte les efforts de nos ancêtres les demi-singes dans leur lutte acharnée pour la survie et la prospérité de l’espèce. Voilà que nos ancêtres sont à la croisée des chemins, face à une nature hostile et à une foule de prédateur. Un tournant de l’évolution qu’il est crucial de négocier en douceur, sous peine d’extinction. Or, voilà qu’Edouard, hominien à l’esprit éclairé, découvre le feu. Une trouvaille qui sauve la famille certes, mais déplaît fort à son frère Vania, qui prédit la fin du monde, milite pour la viande crue et le retour dans les arbres… Roy Lewis fait ici de l’anachronisme sa seule loi et revisite avec brio les grands thèmes de société : l’éducation, le rôle de la femme ou l’éternel combat entre progressistes et réactionnaires. Il aborde également l’écologie, la famille et pose la question cruciale de la maîtrise du progrès technique par le biais de cette fresque grandiose, hilarante et moderne.

 

  • Histoire des grands-parentsde Vincent Gourdon, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, agrégé et docteur en histoire, chargé de recherche au CNRS et rédacteur en chef adjoint des Annales de démographie historique.Les grands-parents sont aujourd’hui des personnages essentiels dans la famille française. Nombreux, actifs, prêts à aider leurs enfants et petits-enfants, telle est l’image des « nouveaux grands-parents ». Mais jusqu’où peut-on parler de nouveauté ? Les générations passées ne profitaient-elles pas de la présence des aïeuls ? Etaient-ils des vieillards dépendants ou de solennels et distants patriarches ? A l’aide de nombreuses archives inédites – registres paroissiaux, recensement, autobiographies, codes de savoir-vivre – Vincent Gourdon remet en cause ces simplifications et retrace pour la première fois la longue histoire des grands-parents en France.



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