vendredi, 28 juillet 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers dessins animés…

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Posté par fabrice
 

A partir de – 35 000 ans

La préhistoire fait son cinéma !

 

Panneaau des Lions de la grotte de Chauvet

Panneaau des Lions de la grotte de Chauvet

Et si les grottes préhistoriques de Dordogne renfermaient les tout premiers « studios de cinéma » de l’histoire ! Non, preuve à l’appui, ce n’est pas du cinéma. Moteur !

Scène 1 : le thaumatrope.

De quoi s’agit-il ? Un thaumatrope n’est ni une espèce de dinosaure ni une divinité préhistorique ni un traumatisme quelconque. Il s’agit tout simplement d’une sorte d’instrument optique qui exploite la persistante rétinienne pour produire l’illusion d’une image animée. Le terme vient du grec thauma qui signifie « prodige » et de tropion voulant dire « tourner ». Autrement dit : un « prodige tournant ».

Exemple de thaumatrope

Exemple de thaumatrope

 

La préhistoire du cinéma : un vrai prodige

Cet objet est considéré comme le tout premier jouet optique préfigurant, d’une certaine manière, la technique cinématographique. Jusqu’ici son invention, vers 1820, est attribuée à deux anglais : William Henri Fitton et à John Ayrton Paris à partir d’un concept issu de l’astronome John Herschel.

Mais voilà que des analyses récentes (1) pourraient nous conduire à faire un flash-back de 15 000 ans et nous porter à l’époque du magdalénien, donc de la préhistoire, la vraie.

 

La rondelle aux chamois avec sa cordelette

La rondelle aux chamois avec sa cordelette

On a en effet découvert sur le site de Laugerie-Basse en Dordogne une rondelle en os dite « aux chamois » perforée en son centre. Cet objet porte sur chacune des faces une position différente de l’animal, correspondant à des phases successives du mouvement de la bête.

Le chamois d’or !

Des expériences élémentaires ont permis de reproduire l’animation telle qu’elle pouvait se pratiquer à l’époque. Soit par simple manipulation de l’objet, soit en introduisant un fil de tendon naturel au sein du trou central. Le résultat produit une rotation rapide de la rondelle, avec pour effet d’animer le chamois.

D’autres objets, de factures et d’époque similaires, prouvent qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. En témoigne la petite plaquette se schiste issue de la grotte d’Isturitz située dans les Pyrénées-Atlantiques. Celle-ci arbore deux dessins de renne, couché sur une face, debout sur l’autre.

Le principe exploitant la persistance rétinienne, qui est à l’origine de l’invention de la caméra et du cinéma, semblait, toute proportion gardée, connu de l’homme de Cro-Magnon !

Scène 2 – Le lion s’anime ce soir…

Mais remontons encore le temps jusqu’aux alentours de 30 000 ans. En examinant les œuvres pariétales de l’époque, on observe que bon nombre d’entre elles proposent des représentations dynamiques du mouvement. Technique graphique d’animation que l’on pensait être une invention récente de l’humanité. L’apanage du cinéma et des bandes dessinées.

Que nenni ! Les artistes de sites de Chauvet (-36 000 ans), et plus récemment de Lascaux (-17 000 ans), d’Altamira (-15 000 ans) de Niaux (- 13 000 ans) ou d’autres encore, en voulant « insuffler » la vie à leurs sujets, ont conçu des conventions graphiques proches de celles employées de nos jours.

Par exemple, la fresque des Lions de la grotte de Chauvet, peinte il y a 35 000 ans (voir image d’ouverture) illustre parfaitement cette narration graphique. Il s’agit d’une scène de chasse où figurent à la fois le mouvement de chaque lion mais aussi celui de la meute et du troupeau de bisons s’enfuyant.

Un autre exemple est la frise des Lions de la grotte de la Vache (Ariège) où l’on y voit une série de félins gravés sur une côte de bovidé. Il est probable que l’artiste ait voulu illustrer le même lion dans les différentes étapes de sa course.

Premiers documentaires animaliers…

Les peintres du paléolithique ont compris que mettre en scène les animaux en superposant plusieurs membres permettait de simuler le mouvement. Le trot du Cheval de la grotte de Lascaux est, sur ce principe, appuyé par le fait que le mouvement de sa tête est décomposé en 5 images illustrant des positions différentes.

Leurs intentions, à travers les tableaux successifs, étaient à l’évidence de raconter de manière illustrée et explicite les moments forts de leur existence. Tranches de vie marquées par des histoires naturelles où se mêlent accouplements, chasse et même la mort. Bref, les tout premiers medium visuels de l’histoire.

Les recherches conduites depuis une dizaine d’années démontrent que 40 % des animaux des œuvres pariétales sont représentés en mouvement. Et cela sans compter, les représentations à l’apparence plus statique mais qui s’animent sous l’effet d’un éclairage d’époque qui était constitué de torches ou de lampes à graisse.

Marc Azéma, préhistorien et réalisateur de films, en conclut « …que la plus grande partie du bestiaire pariétal devait être animée pour les artistes préhistoriques »(2).

Les tout premiers documentaires animaliers, en quelque sorte !

Mis à jour le 26 juillet 2012

La préhistoire en mouvement

Deux procédés sont employés par les artistes de la préhistoire pour animer leurs œuvres (2) et en restituer ainsi le côté vivant :
- La juxtaposition d’images, comme affubler 8 pattes à un bison (grotte de Chauvet);
- La représentation d’images successives, permettant de décomposer un cycle de mouvements tel le galop.

Intuitivement, ils utilisent la persistance rétinienne, l’une des propriétés spécifiques de l’œil qui consiste à conserver  en mémoire une image durant 50 millisecondes. Le cerveau recompose ensuite la succession d’image en une séquence donnant l’illusion d’un continuum.


Coup de tonnerre sur les coups de « pinceaux » de la préhistoire

Le titre de tout premier artiste de l’humanité pourrait bien ne pas revenir à un homme, au sens Homo sapiens, mais à Neandertal, simple cousin malheureux de l’homme moderne, disparu de la circulation voici 30000 ans environ.

Cette révélation(5), s’il elle était confirmée, bouleverserait notre conception de l’évolution humaine. L’hypothèse repose sur les dernières datations d’œuvres pariétales peintes sur les parois de la grotte d’El Castillo (nord-ouest de l’Espagne). Datations dont les méthodes incitent toutefois à la prudence. Il s’agit d’un disque de pigment rouge daté de – 40 800 ans et d’une empreinte de main négative remontant à – 37 800 ans. 

Ces premières œuvres de l’histoire ne représentent pas d’animaux ce qui suggèrent également que les premiers traits artistiques pourraient être non figuratifs comme supposés jusqu’à présent(6).    

Evidemment, considérer Neandertal comme un artiste, et qui plus est, le tout premier artiste de l’histoire, remet en cause tout l’édifice sur lequel repose la spécificité, pour ne pas dire la suprématie de l’homme, le vrai, face à ses congénères. 

Car, reconnaître que la capacité de création n’est plus l’apanage de cet homme moderne et que Neandertal en est aussi doté, c’est franchir le Rubicon « cognitif » que beaucoup de spécialistes hésitent encore à franchir. Suite à la prochaine…datation.  


1 – Théorie défendue par Jean Azéma, préhistorien, chercheur au CNRS et membre de l’équipe scientifique de la grotte Chauvet,  expérimentée par Florent Rivère, illustrateur, paléo-expérimentateur, spécialiste de la préhistoire
2-  L’origine préhistorique du Cinéma – Jean Azéma – Pour la Science N° 417  Juillet 2012
3- http://www.f-river.fr/index.php 
4 – Pour en savoir plus sur la naissance du septième art : animage.org
5- Sources :  Sciences & Avenir – août 2012 / revue Science – 15 juin 201
6- Pour aller plus loin sur ce sujet, lire l’article sur le site Hominides.com


A visionner pour mieux comprendre :
    • Principes d’animation utilisés par les artistes du paléolithique :

    • L’origine préhistorique du cinéma, par Marc Azéma :

    • Premier film érotique ! Pour le plaisir :


Pour aller plus loin :
  • La Préhistoire du cinéma : Origines paléolithiques de la narration graphique et du cinématographe…, de Marc Azéma – Ed. Errance, 2011L’auteur part des images de la grotte Chauvet pour terminer par les premiers dessins animés et l’apparition du cinéma et les films de Méliès. Un voyage fascinant à travers l’art universel, sur tous les continents, pour démontrer que les techniques « cinématographiques » ont toujours été présentes et que « l’archéologie du cinéma » est bien plus ancienne qu’on ne le croit. Un DVD complète la démonstration, en animant des images de mouvements décomposés savamment par les artistes anciens.
  • La grotte Chauvet : L’art des origines, de Jean Clottes – Ed. Seuil, 2001Le plus ancien nu féminin tracé sur une paroi date de 33 000 ans. C’est l’une des découvertes exceptionnelles livrées par la grotte Chauvet (Ardèche). Fouillée depuis 1995 par une équipe pluridisciplinaire sous la direction de Jean Clottes, elle ne sera jamais ouverte au public. Cet ouvrage scientifique très accessible a donc été conçu comme une visite permettant à tous les amateurs de préhistoire d’apprécier la grande richesse d’un tel site rupestre. De nombreuses photographies des représentations animales répertoriées en révèlent la qualité impressionnante. Des relevés d’empreintes accompagnés de graphiques reconstituent les différentes périodes d’occupation de la grotte et leur datation. Des cartes permettent de localiser l’emplacement des salles par rapport à l’ensemble du lieu. Ainsi renaissent sous les yeux du lecteur les gestes des premiers peintres et l’émotion que suscite la découverte d’un univers vieux de tant de millénaires



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