dimanche, 28 mai 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les toutes premières fleurs

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Posté par fabrice
 

- 140 millions d’années

L’évolution nous offre des fleurs

Il y a 140 millions d’années- peut-être même un peu plus tôt-  les toutes premières fleurs vont prendre racines. Avec elles,  c’est notre future agriculture et le business model de Truffaut et compagnie qui commencent à bourgeonner avant d’éclore des millions d’années plus tard !

Archaefructus, une des premières fleurs. Apparues sous l’eau, il y a plus de 125-millions d’années

Sans cette révolution florale qui a débuté vraisemblablement avec des espèces semi aquatiques, notre environnement serait triste à mourir.

Point de fleurs multicolores, point de senteurs embaumantes, ni de pois de senteur. Pas plus de floralies et de Nymphéas de Monet. Sans parler des végétariens pour qui, ils leur seraient tout simplement impossible de nous en faire voir des vertes et des pas mûres.

Oui, cela serait triste à mourir mais aussi à ne pas pouvoir se nourrir !  Réalisons que les  plantes à fleurs, les angiospermes, portent en germe  toutes les plantes comestibles que nous cultivons aujourd’hui.

Le fruit : une protection rapprochée

Les angiospermes se distinguent  de l’autre type de plantes : les gymnospermes (conifères, ginkgos, cycas, gnètes). Tandis que ces dernières sont des plantes à graine nue, les angiospermes vont inventer une « protection rapprochée » de la graine. C’est le fruit.

Grâce à cet avantage sélectif, les plantes à fleurs vont conquérir la planète en quelques millions d’années, au point de représenter aujourd’hui plus de 90 % des espèces végétales. Au grand dam de Darwin qui qualifiait l’apparition des plantes à fleurs « d’abominable mystère « .    Au regard de leur essor fulgurant, on peut oser dire que le « vert de l’espérance » était dans le fruit !

 Au grès du vent

En réalité, les gymnospermes, dont les premiers spécimens sont bien plus anciens que les plantes à fleurs (vers 290 millions d’années), fabriquaient déjà des ersatz de fleurs mais très rudimentaires. Néanmoins,  leur stratégie de reproduction apparait très différente.

Les gymnospermes s’en remettent totalement au vent pour disperser leur pollen et à l’eau pour la fécondation. Tandis que les angiospermes vont limiter leur dépendance vis-à- vis de l’eau et du vent, au profit d’une relation personnelle avec le monde animal.

Une stratégie win / win ou naissance du partenariat !

Les insectes, comme les abeilles apparues voici plus de 100 millions d’années, aujourd’hui en danger (voir encart ci-dessous), se verront confier le rôle de transporteurs de leur pollen. En échange, la fleur va produire des parfums et des nectars. Chez les plantes à fleurs, on préfère faire confiance aux vivants plutôt qu’aux éléments.  C’est une relation intime et unique qui voit le jour. Sans leur lancer de fleurs, on peut affirmer que celles-ci conçoivent les tout premiers partenariats !

Cette co-évolution entre les règnes végétal et animal est une évolution majeure.  On assiste là, d’une certaine manière, et de façon très naturelle, à la toute première économie de marché : je te donne cela en échange de çà, chacun y trouve son compte et l’ensemble est plus efficace !


 Le langage des fleurs

La fleur met tout son cœur à attirer « son amoureux » qu’est son pollinisateur attitré, qu’il s’agisse d’oiseaux, de mollusques, d’insectes, voire de mammifères comme la chauve-souris.

Les Nymphéas de Monet

Nymphéas de Monet

Ainsi le chèvrefeuille, qui en pince pour le papillon de nuit, va davantage se parfumer à la tombée de la nuit pour séduire son bien-aimé.

Toute cette parade amoureuse n’est pas le fruit du hasard mais répond à une codification proche de celle des speed-dating : les fleurs visant les oiseaux font dans les nuances de rouges, celles pollenisées par les insectes s’habillent de jaunes, les animaux nocturnes auront le droit à des fleurs pâles mais odorantes.

On le voit, chacune à sa stratégie dont la sophistication interpelle parfois les botanistes et déstabilise les darwinistes purs et durs.

Joël de Rosnay décrit une forme de mimétisme d’orchidées qu’il qualifie d’époustouflante : « …quand une orchidée se déguise en insecte, prend le parfum de l’insecte, dispose ses poils comme ceux de la femelle de l’insecte, pour attirer l’insecte mâle, qui se trouve irrésistiblement attiré, se pose, s’agite, copule et embarque le pollen pour le déposer sur une autre orchidée qui se trouve ainsi fécondée. Supposer que ce leurre soit apparu par le jeu du hasard même savamment baptisé « co-évolution » m’interroge ».

Leçon de séduction numéro 1 : offrir des fleurs et ne rien laisser au hasard.


 Les fleurs du mal  !

« C’est la première fois que la civilisation humaine dans son ensemble risque de s’effondrer. Nous allons peut-être disparaître à cause des abeilles ». Ce cri d’alarme est lancé par le professeur Ehrlich, biologiste, de l’université de Stanford (1)

Abeille butinant une fleur d'amandier

Abeille butinant une fleur d’amandier

Depuis 2005, des centaines de millions d’abeilles aux Etats-Unis, mais aussi en Europe ont disparu, corps et biens, de la circulation.

Ce phénomène, baptisé Colony Collapse Disorder (CDD), mobilise les chercheurs du monde entier car l’heure est grave. Sans abeilles, pas de pollinisation des fleurs et sans pollinisation pas de fruits ni de légumes; bref, une alimentation qui bat de l’aile, sans mauvais jeux de mots.

En Californie,  elles sont près de 40 milliards à butiner consciencieusement les fleurs d’amandiers. On évalue, rien qu’aux Etats-Unis, entre 15 et 20 milliards de dollars par an le poids économique des abeilles dans la fertilisation des récoltes.

Au-delà, de la récolte du miel, c’est donc toute l’industrie agro-alimentaire  qui est en danger. En effet, 1/3 de notre alimentation dépend de l’activité de pollinisation dont l’essentiel est assuré par les abeilles.

Compte tenu des enjeux, les scientifiques sont mobilisés. Mais, pas facile de trouver le coupable car les facteurs de mortalités sont nombreux : les insecticides, dont le fameux Gaucho du Groupe Bayer, les différents polluants, les OGM,  le virus israélien de la paralysie aigüe, et maintenant le Varroa, un acarien qui se fixe sous le ventre de l’abeille…

Une étude récente (2) désigne ce Varroa comme principal suspect pour ne pas dire coupable. En fait, il serait un coupable indirect.  Il est le vecteur d’un virus mortel qu’il inocule à l’abeille, son hôte.

Mais, il n’est probablement pas le seul coupable comme l’indique d’autres études qui pointent du doigt l’effet nocif de certains pesticides comme le Thiamethoxan qui perturbent le système nerveux des abeilles.

Sommes nous face à une catastrophe écologique potentielle d’une ampleur qui fait froid dans le dos ?  » Sans les abeilles, l’humanité n’en a plus que pour 4 ans à vivre », aurait alerté Einstein.

Profitons vite du miel de la vie !


Une troisième guerre mondiale en cas d’extermination des abeilles  ?

On vient de le dire, les abeilles sont en danger et, avec elles, l’espèce humaine car 80 % des espèces végétales ont besoin d’elles pour être fécondées.

abeilles-en-voie-de-disparitionUn récent rapport du MRNE (3) de la Fédération de Russie, publié au printemps 2013, affirme avoir « la preuve incontestée » que certains insecticides, utilisant des dérivés de nicotines (néo-nicotinoïdes), sont à l’origine de cette extermination.

Produits principalement par les firmes américaines Monsanto et Syngenta, ces pesticides mettent réellement en danger, pour la toute première fois, les récoltes au niveau mondial.

Soupçonnant Barack Obama de préserver les intérêts des firmes agrochimiques américaines, le président Russe, Vladimir Poutine avertit qu’il « mènera très certainement » une guerre mondiale si rien n’était fait pour stopper ce désastre.

L’entente russo-américaine battrait-elle de l’aile au point de déclencher une troisième guerre mondiale pour cause d’extermination des abeilles !

 

Actualisé le  25 mai 2013

 

 


(1) le mystère de la disparition des abeilles – Documentaire de Mark Daniels, diffusé sur Arte Documentaire le mardi 28 août 2012.
Cordialement,
(2) Revue « Science » du 8 juin 2012, citée dans « lepoint.fr » du 11 juin 2012
(3) Ministry of Natural Resources and Environment of the Russian Federation (MRNE)

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le mystère de la disparition des abeilles – documentaire diffusé sur ARTE

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le monde s’est-il créé tout seul ? – Albert Jacquard, Xuan Thuan Trinh, Ilya Prigogine, Joël de Rosnay, Jean-Marie Pelt et Henri Atlan : Six réactions, six logiques, six visions du monde – Chez Albin Michel.
  • La prodigieuse aventure des plantes, de Jean-Marie Pelt et Jean-Pierre Cuny. Les extraordinaires et véridiques tribulations des plantes racontées grâce a la complicité d’un homme de science et d’un autre de la rue, et tendant à montrer qu’elles ressemblent étrangement aux tribulations des hommes !
  • Film Pollen, du label Disney Nature, une valse sensuelle entre abeilles et fleurs. Pollen est  une histoire d’amour entre les fleurs et la faune mais aussi un cri d’alarme sur la disparition des abeilles.



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