mercredi, 10 mars 2010

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Archive pour: décembre, 2005

Le tout premier “effeuillage” médiatique

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An 28 (environ)

Chaud et froid

Salomé a inspiré de nombreux artistes, de Gustave Moreau en passant par Oscar Wilde
Salomé a inspiré de nombreux artistes, de Gustave Moreau en passant par Oscar Wilde

La scène se déroule devant Hérode Antipas, tétrarque de Galilée. Pour son anniversaire, auquel il a convié de nombreux dignitaires, officiers et notables, Hérode invite Salomé à danser.

Celle-ci, alors très jeune, accomplit divinement une danse qui, selon la légende , va dévoiler progressivement les parties de son corps les plus intimes. Le tout premier « strip-tease » rapporté dans les livres d’histoire.

Hérode, subjugué par cet effeuillage aussi voluptueux qu’inédit, s’engage à récompenser Salomé à la hauteur de sa prestation : « Demande moi ce que tu voudras…je te le donnerais, fut-ce la moitié de mon royaume ». Poussée par sa mère, Hérodiade, Salomé réclame alors la tête de Jean-baptiste sur un plateau.

Pourquoi Jean-Baptiste ? Parce qu’il avait dénoncé, au nom de la loi juive, le remariage d’Hérodiade avec Hérode alors que celle-ci était déjà mariée à son frère, Philippe. Que la vie est compliquée.

Ce chaud-froid a-t-il eu raison des ardeurs d’autres amateurs, quoi qu’il en soit, on ne reverra pas d’effeuillage avant 1895, au café-concert parisien, le divan japonais. Quant au terme « strip-tease », il serait né au Etats-Unis dans les années 1900, à la suite d’un effeuillage impromptu d’une artiste ayant dégrafé sa robe par mégarde.

Avec Colette, l’une des premières danseuses nues de Paris, le mouvement initié il y a 2000 ans par Salomé allait enfin relever la tête… et avec une tête bien faite !

Salomé par paul Baudry - foyer de l Opéra de paris
Salomé par Paul Baudry - foyer de l’Opéra de Paris

A voir ou à revoir :

  • Salomé, la célèbre pièce d’Oscar Wilde, en DVD, avec Myriam Cyr dans le rôle de la sulfureuse Salomé
  • Richard Strauss : Salomé. La version qui rend à l’oeuvre tout son sens : une Salomé sulfureuse, tour à tour innocente, manipulatrice, amoureuse, capricieuse, amère, joueuse, fière, hésitante et surtout vibrante de désir, n’aspirant qu’à se perdre en Iochanaan… Un grand moment et un grand spectacle.
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Les tout premiers pas du zéro

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+ 400 ans environ

Le meilleur des nombres

« Le zéro, ce rien qui peut tout », pour reprendre l’expression de Denis Guedj[1]. Le zéro, c’est le plus mystérieux des nombres, il a été longtemps considéré comme un sortilège, voire renié, comme l’a fait Aristote.

En vérité, la première fois que le zéro fut employé remonte aux Babyloniens, encore eux, il y a 5000 ans ! Les scribes de l’époque inventèrent un signe de séparation dans l’écriture des nombres, un double chevron incliné. Ce fut la première forme de zéro : un chiffre servant de marquage d’une position vide, dans leur système de numération.

La deuxième « invention » du zéro, on la doit aux astronomes mayas, durant le 1er millénaire de notre ère, ce qui peut paraître peu précis. Là encore, il s’agit d’un signe séparateur pour écrire les nombres sans ambiguïté. Le zéro des mayas, sorte d’ovale horizontal qui se rapproche de notre représentation, endossait plusieurs représentations graphiques, les glyphes qui, tous, repré-sentaient des coquilles ou des coquillages.

Mais, la véritable toute première fois que le zéro entre en scène, avec l’ensemble de ses trois fonctions (le zéro opérateur, le zéro chiffre et enfin le zéro nombre), c’est grâce à un mathématicien indien, Aryabhata. Nous sommes au Vème siècle de notre ère. Une ère nouvelle s’ouvre à nous à condition d’être patient. Car, il faudra attendre l’an 825 pour que cette innovation se propage grâce au traité sur les nombres indiens rédigé par un mathématicien arabe (Al-Khwarezmi).

Avec ce zéro, versus indien, le statut du nombre change radicalement. On passe de « il n’y a rien » à « il y a rien », autrement dit, « il n’y a pas de quelque chose » à « il y a un zéro qui a une valeur nulle ». Cela change tout.

La première représentation de ce zéro indien est un petit cercle, sunya, le vide. Mais si le zéro indien a signifié le vide, l’absence, il décrit également l’espace, le firmament, la voûte céleste…

Ce zéro contient donc à la fois le vide et l’infini, ce que traduit d’ailleurs sa racine arabe : Sifr. Ironie de l’histoire, c’est le petit dernier des nombres qui fournira son nom à toute la lignée : les chiffres.

Le zéro n’a probablement pas livré tous ses secrets, comme l’ont pressenti les moines de l’abbaye de Salem, en inscrivant dans un codex, à la fin du XIème siècle : « chaque nombre jusqu’à l’infini a jailli de 1 et, par conséquent, de 0. En ceci réside un profond mystère ».

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !


1 - Professeur de l’histoire des sciences à Paris VIII où il a enseigné les mathématiques et le cinéma. Il est également écrivain et cinéaste.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Zéro, la biographie d’une idée dangereuse. Charles Seife raconte avec clarté l’histoire extraordinairement mouvementée de ce concept, qui est aujourd’hui une des clefs de la physique quantique, de la compréhension des trous noirs et de la naissance de l’univers.
  • Zéro : Ou Les cinq vies d’Aémer, de Denis Guedj. De la lointaine Uruk à la merveilleuse Babylone, de la légendaire Ur à la riche Bagdad, les villes des vallées du Tigre et de l’Euphrate sont le berceau de la civilisation. Là, éleveurs et marchands ont inventé l’écriture et le calcul, affinant siècle après siècle la science des mathématiques jusqu’à imaginer un nombre qui n’en est pas un : le zéro.
  • Zéro ! Zéro de conduite, tolérance zéro, reprendre à zéro… Le zéro signifie à la fois l’absence et le vide. Mal aimé, il a su prendre sa revanche… Une émission de Canal Académie, première radio académique francophone sur internet.
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Les tout débuts du capitalisme

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Vers 1300

Un nouveau son de cloche

Une fois encore, l’innovation technique sera à l’origine d’une transformation de la société en imposant sa loi, celle qui deviendra la loi du marché.

L'annociation de Crivelli, illustre l'essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés...
L’annonciation de Crivelli, illustre l’essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés…

Nous sommes à la fin du XIIème siècle. Le moulin à eau, l’assolement triennal, le collier d’épaule et surtout le gouvernail d’étambot, puis les premières machines à tisser vont permettre à certains bourgs des Flandres et de Toscane de développer leur économie. Surtout, ces derniers vont établir les bases de nouvelles relations sociales et de travail, où l’argent et le salariat vont peu à peu s’imposer face au servage qui va de ce fait décliner.

La productivité augmentant avec comme corollaire une baisse de prix, le nombre de clients solvables s’accroît ainsi que la demande de crédit. Peu à peu, se mettent en place les bases du capitalisme. La ville de Bruges[1] sera le premier porte-étendard de cette économie émergente.

Clin d’œil à l’histoire, bien avant que ne résonne la cloche de Wall street, les premières cloches « publiques » font leur apparition sur les beffrois. Désormais, les cloches n’indiquent plus uniquement l’heure des prières mais rythment la vie économique. Un nouveau son de cloche qui va se répandre, mettant en concurrence le spirituel et les biens matériels.

500 ans plus tard, le matériel aura pris un avantage significatif avec les premières pièces de dollar , frappées en 1793 à Philadelphie ; les premiers billets à l’effigie des présidents américains datent, pour leur part, de 1861.

Un symbole qui vaudra de l’or (1, 506 gramme à l’origine, fixé par le Mint Act, le 2 avril 1792).

1 - Au sommet de sa puissance, vers 1340, Bruges compte seulement 35 000 habitants, ce qui relativise cependant la portée de sa puissance.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • « Capitalisme et pulsion de mort » : l’économiste Bernard Maris, alias oncle Bernard dans Charlie Hebdo, et l’historien et économiste Gilles Dostaler convoquent Freud, Keynes, Smith, Bataille et bien d’autres, et allongent le libéralisme pour une psychanalyse forcée. Le libéralisme allongé sur un divan. Un livre qui ose une lecture psy du capitalisme et de ses dérives.
  • Une brève histoire de l’avenir, de Jacques Attali. Un ouvrage qui malgré son titre évoque autant le passé que l’avenir et notamment la montée en puissance de l’ordre marchand.
  • Mille milliard de dollars, un film d’Henri Verneuil, avec Patrick Dewaere. Un polar qui dénonce avant tout les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré - et malgré - des gouvernements qui se succèdent ici et là.
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