samedi, 19 mai 2012

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Archive pour: novembre, 2005

Voir l’intérieur du corps sans l’ouvrir, pour la première fois

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Posté par fabrice
 

 

 

22 décembre 1895

Temps X

Le 22 décembre 1895 au soir,  Berta Röntgen, l’épouse du physicien Wilhem du même nom, tend sa main à l’histoire. Cette main tendue –durant près de 20 minutes, durée de l’exposition aux rayons X – marque un tournant inouïe dans l’histoire de l’humanité : pour la première fois, il est possible d’observer ce que contient l’intérieur du corps, en l’occurrence la main de Berta, sans pratiquer une ouverture ou une incision. Le Père Noël, en cette fin d’année 1895, a dans sa hotte un bien beau cadeau pour l’humanité : la radiographie.

La toute première radiographie : la main de Berta Röntgen

Cette découverte est presque le fruit du hasard. Wilhem Röntgen (1845-1923), scientifique allemand mais également féru de photographie, effectue des recherches sur les tubes cathodiques. Un jour, il s’apperçoit que des plaques photographiques protégées et enfermées dans un tiroir sont voilées.  Il réalise que celles-ci étaient situées à proximité d’un tube cathodique émettant des rayonnements. C’est ainsi qu »il découvre un type de rayonnement jusque alors inconnu. Un rayonnement qui traverse différents matériaux comme le verre, le papier et donc la peau mais en revanche, qui est stoppé par d’autres comme le plomb. Ce rayonnement, Röntgen le baptisera, rayonx X, en référence au symbole de l’inconnu en mathématique.

Rarement découverte aura une application aussi rapide. Dès le début de l’année suivante, en 1896, les tout premiers services d’imagerie médicale voient le jour. Quant à Röntgen, il reçut le tout premier prix Nobel de physique en 1901 et ne souhaita pas, pour des raisons humanitaires, déposer de brevet.

A partir des années 70, le principe des rayons X connaît un nouveau « rayonnement » grâce aux scanners. Depuis une vingtaine d’années, les outils de diagnostic médical deviennent de plus en plus puissants et précis. Aujourd’hui, on s’oriente vers la possibilité de découvrir le mal avant même qu’il se déclare. Ce n’est plus de la vision, cela devient presque de la voyance !

Les outils de l’imagerie médicale :

IRM : Imagerie par résonance magnétique excelle dans les images anatomiques
TEP : tomographie par émission de positrons (précurseur scintigraphie) montre l’activité des organes
PET-SCAN : combine la TEP et les scanner à rayons X
Fluorescence : permet de débusquer les cellules malignes grâce à leur « gourmandise » pour le glucose…


A regarder pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La 3D révolutionne la médecine – La 3D n’est pas l’apanage du cinéma ou de la télévision. En médecine, elle permet aujourd’hui d’améliorer très concrètement le geste du chirurgien. A l’avenir, notre dossier médical pourrait ressembler à un fichier numérique, comprenant le clone en 3D de notre corps et de nos organes… Un reportage et des vidéos publiés sur Nouvo.ch
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  • OsiriX – Des Genevois dessinent la médecine du futur. C’est aux Hôpitaux Universitaires de Genève que l’équipe du Pr. Osman Ratib affine le plus fin outil d’imagerie médicale, conçu en open source. Des chirurgiens du monde entier l’utilisent déjà pour repousser les frontières du possible. Le programme se décline même sur iPhone… Un article publié par le quotidien suisse « Le Matin »
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  • Le corps et son image : du diagnostic à l’esthétisme de l’imagerie médicale – L’évolution formidable des techniques d’imagerie médicale ces dernières années a changé fondamentalement la pratique de la médecine moderne. Des scanners de plus en plus performants permettent d’explorer le corps humain dans tous ses détails. Les performances des nouvelles techniques d’imagerie sont renforcées par de nouveaux outils informatiques de visualisation et de navigation en trois dimensions. A partir des images obtenues des scanners (CT, ultrasonographie, IRM ou PET), il est ainsi possible aujourd’hui, grâce à ces nouvelles techniques d’imagerie 3D, de reconstituer les organes et les structures internes du corps, en couleur et avec des degrés de transparence pour chaque différent niveau de tissus, avec un résultat d’un réalisme jamais atteint auparavant. Un livre passionnant et richement illustré que nous devons également au Pr. Osman Ratib. (à paraître le 4 novembre 2010)
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  • Voyage à l’intérieur du corps humain – Une équipe de recherche de l’Ecole polytechnique féférale de Lausanne a réalisé un calculateur extrêmement performant par interconnexion de simples PC. L’application la plus spectaculaire de ce système est sans doute l’ « homme de verre », qui permet de faire un voyage sur Internet à la découverte du corps humain.

 

Les tout premiers adolescents

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Posté par fabrice
 

Vers 1890

La fureur de vivre !

 

Nos ados vivent aujourd’hui un âge d’or qui non seulement n’avait pas cours il y a seulement un siècle mais dont l’idée même était inconcevable à nos grands aïeux. N’en déplaise aux « Tanguy » en herbe, depuis que l’homo sapiens arpente notre bonne vieille terre et jusqu’à la proximité du XXème siècle, le rejeton de l’homme passait directement de l’enfance à l’adulte, sans passer par la case « ado ».

Il faudra attendre la fin du XIXème siècle pour que le concept d’adolescence pointe, pour la toute première fois, le bout de son nez. A partir de 1880/1890 et durant les trois premières décennies du XXème siècle, à l’instar de l’adolescent qu’il caractérise, ce concept cherchera sa place !

Cette période charnière de la vie a donc longtemps était ignorée parce que l’enfant, une fois acquis sa maturité sexuelle, devait accéder aux responsabilités et ne plus être une charge pour les parents.

Au Moyen-Âge, les enfants sont presque considérés adultes dès l’age de 7 ans mais restent toutefois sous l’autorité du père jusqu’à 12 ans. Pour les filles la majorité est fixée à 15 ans. Dans les sociétés primitives, l’adolescence n’existe pas. A travers des rites initiatiques, souvent à caractère sexuel, il est question de « tuer » l’enfant pour donner naissance à l’adulte. L’adolescence est carrément escamotée !

 L’adolescence : fille de la bourgeoisie et de l’industrialisation

La naissance de l’adolescence est le fruit d’une double mutation : celle de la scolarisation qui touche, dans un premier temps, les enfants de bourgeois et l’industrialisation qui modifie les traditions familiales. La transmission de père en fils d’un savoir-faire ancestral et souvent accompagnée de celle des terres des ancêtres ne devient plus systématique. Le jeune, attiré par les sirènes des usines, au sens propre comme au sens figuré, commence à remettre en cause cette trajectoire quasi automatique.

Développer se personnalité, son propre parcours commence sérieusement à démanger le jeune ado. Bref, « se créer une identité personnelle. C’était une idée entièrement nouvelle », comme l’indique Jeremy Rikkin(1). Il ajoute : « ce phénomène […] a eu sur les filles comme sur les garçons un impact de portée historique, et des effets qui allaient changer la conscience. »

Crise d’identité

Ce refus du statu quo révèle une crise d’identité dont l’expression ne sera pourtant inventée que dans les années 40 par Erik Erikson. Cette volonté d’exister autrement et de manière indépendante conduira autant à cette crise d’identité qu’à la construction même d’une identité.

Ainsi, pour la toute première fois, au cours de cette fin de XIXème siècle, apparaît la notion de crise adolescence. Médecins, enseignants, religieux, militaires, tous redoutent cette « altérité critique »(2). Ils y voient un âge bâtard, ingrat, potentiellement dangereux pour l’individu comme pour la société, comme le souligne l’historienne Michelle Perrot. Autrement dit, l’adolescent est raisonneur, il n’est pas raisonnable !(3).

Cela suscite des inquiétudes. Certains dénoncent une « criminalité adolescente effrayante », dont l’origine, pour des psychologues étiquetés « sociaux » comme Gabriel Tarde, provient d’un environnement défavorable où la jeunesse est livrée à elle-même. Cette situation anxiogène relayée par la presse conduit à la création, en 1906, d’une pénalisation spécifique pour les jeunes de 13 à 18 ans. Pour les jeunes de 18 ans de l’époque, la peine de mort est loin d’être une exception comme en témoigne les registres des condamnés à mort de l’année 1901, 11 mineurs sur 18 !

Parallèlement à ces mesures punitives, les initiatives, tant laïques que religieuses, ne manquent pas. La République instaure la gratuité pour la scolarité (1881), des programmes pour les apprentis et les jeunes ouvriers, des cours du soir, créée des maisons de l’adolescence qui deviendront plus tard les fameuses MJC. Tandis que les institutions religieuses développent le patronage, le scoutisme…

Age tendre et tête de bois !

Les perceptions de la notion d’adolescence, négatives dans un premier temps, vont évoluer jusqu’à celles beaucoup plus nuancées d’aujourd’hui.

Bienheureux ces grands enfants qui, après des millénaires de régime sec vont enfin pouvoir manger leur pain blanc en restant sous l’aile protectrice des parents avant de se « friter » à la dure réalité de la vie. Comme le souligne Jeremy Rifkin « « la prolongation de ce statut de protégé a rendu les jeunes plus dépendants et les a même infantilisés. De l’autre, ils sont devenus plus introspectifs, et même de bon connaisseurs de la vie ».

La jeunesse acquiert progressivement ses lettres de noblesses et devient une catégorie sociale à part entière qui commence à l’adolescence et se prolonge désormais jusqu’à ce qu’on appelle l’adulescence. Son image sera à jamais associée à celle de James Dean qui, grâce à la « Fureur de Vivre », est devenu le symbole et l’idole d’une jeunesse en mal d’identité qui veut vivre à 100 à l’heure.

Elle donne lieu à des chocs de culture qui irradient la société sur deux strates : celle des couches populaires dont sortira le phénomène des « blousons noirs » puis des crises de banlieues et celle des classes moyennes qui connaitra son apogée lors de Mai 68 et de la contre-culture..

En un petit siècle d’existence -face à près de 200 000 ans pour l’espèce humaine, excusez du peu ! -, l’adolescence est parvenue à bouleverser l’ensemble de la société. Culture et langages spécifiques, remise en cause de la société, de l’autorité, désir de libéralisation des mœurs, recherche de nouvelles valeurs, de nouvelles frayeurs, accrocs aux signes d’identification propres, addiction à la technologie et aux substances illicites, l’adolescence est devenue un tout nouveau terrain de jeu, une sorte de cocon soumis à d’immenses tensions internes d’où sortiront les nouveaux maîtres du monde : Bill Gates (cofondateur de Microsoft), Steve Jobs (Apple), Mark Zuckerberg (Facebook)…

L’adolescent tient désormais dans la société une place de choix que l’on pourrait résumer à cette formule de Pagnol (4) : « il est grand ce petit » !


Via mobile et blogs, les ados se mettent à nu !

Les ados d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose en commun avec ceux qui ouvert la voie à cette période intermédiaire d’une vie qu’est l’adolescence, il y a plus de 100 ans. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui comme hier, les adolescents ont comme deuxième nature le fait de douter de soi et de rechercher la transgression.

Les pratiques récentes connues sous le vocable de « dedipix » et de « sexting », favorisées par la connexion entre les nouveaux moyens de communication des réseaux sociaux, des sites de partage vidéos (Youtube / Dailymotion) et des mobiles, qui consistent à exhiber une partie de son corps ou à se mettre en scène dans des situations plus qu’intimes pour ne pas dire scabreuses répondent à ce besoin.

Pour le psychanalyste et spécialiste des mondes virtuels, Yann Leroux(*) : « mettre en ligne des images partielles de son corps via le “dedipix” permet aux adolescentes de voir ce qui peut susciter de l’intérêt chez le sexe opposé, sans trop se dévoiler non plus puisqu’elles cachent souvent leur visage ».

En effet, le « Dedipix » consiste, pour une adolescente à écrire une dédicace sur une partie plus ou moins intime de son corps et de diffuser cette photo sur leur site personnel. Cela est souvent assorti d’un dispositif de points (dénommés « coms ») variables selon l’endroit du corps où se situe cette dédicace.

Le « teen Sexting » va encore plus loin dans l’exhibition puisqu’il s’agit cette fois de se montrer, via mobile et web, dans des situations érotiques pour ne pas dire pornographiques. Selon un sondage de la Sofres publié en octobre 2009, 14 % des 12-17 ans français auraient déjà reçu des messages à caractère sexuel de la part de leurs copains ou petite amie. Il arrive que des « minettes » de 13 ans diffusent leur toute première relation intime via leur mobile, parfois même sous la forme d’une série : leur première fellation, leur première relation sexuelle, leur première sodomie…

Relativisons cependant le succès de ce phénomène. Une étude américaine portant d’août 2010 à janvier 2011 révèle que seul 1% des jeunes de 10 à 17 ans ont envoyé des photos d’eux-même ou de leurs camarades nues sur internet ou sur leur mobile.

Néanmoins, c’est la rançon d’une société hyper-sexualisée ou tout doit être tenté. Pour paraphraser le publicitaire Seguela, si à 18 ans tu n’as pas tout connu du sexe, ton adolescence est ratée !

Quelques soient les époques, et au grand désarroi des parents, l’adolescence c’est les premiers pas vers la sexualité. Premiers émois, premiers amours, premières expériences sexuelles… et maintenant, premières « exhib » !

* Pour en savoir plus : http://www.psychologies.com/Famille/Ados/Sexualite-des-ados


« Pouponnière » d’entreprises

Evita Nuh du haut de ses 12 ans vient de créer –fin 2011- sa marque de vêtements, Little Nuh.
Evita est loin d’être une exception.

Leanna Archer, Haïtienne d’à peine 16 ans, PDG de Leanna’s inc, société qui commercialise des produits capillaires, affiche 100 000 dollars de chiffre d’affaires. Amber Atherton, top model britannique de 19 ans, repérée à l’âge de 12 ans, fait un tabac auprès des célébrités avec sa boutique en ligne, myflashtrash.com. Autre exemple, Tavi Gevinson une blogueuse de mode influente de 16 ans.

Et les garçons ne sont pas en reste : Greg Grossman, 15 ans seulement mais déjà chef cuisinier chez un traiteur. Plus fort, Blessing Maregere, 18 ans, a déjà à son palmarès la création et la revente de 5 entreprises ! Plus fort encore, Farrah Gray, le business dans la peau, est devenu millionnaire à 14 ans. A donf… ces ados !
Face à ces « bébés » entrepreneurs, tête de pont de la génération Z, la génération précédente, Y, semble déjà has been. Ce phénomène devient un vrai business aux Etats-Unis. Les entreprises spécialisées dans le conseil à ces très, très jeunes entrepreneurs se multiplient ainsi que les sites qui leur sont dédiés, comme teenentrepreneurblog.com.

En France, si le phénomène est moins répandu, depuis le 1er janvier 2011, il est néanmoins possible pour un ado de créer son entreprise, dès lors qu’il a atteint 16 ans.

Ces ados hypers-précoces, presque hors-d’âge, ambitieux, très sûr d’eux se sentent invincibles. Ils n’attendent pas grand-chose des autres ni de leurs aînés. « Comme la transmission générationnelle s’est affaiblie, ils ont l’illusion qu’ils n’ont pas besoin de l’expérience de leurs aînés pour s’accomplir », explique la psychologie Béatrice Copper-Royer dans son livre « Vos enfants ne sont pas des grandes personnes » (éd. Albin Michel).
Il n’y a pas à dire la valeur n’attend pas ou n’attend plus le nombre des années !

* Pour en savoir plus : Article « Les petits ambitieux » – Nouvel Observateur N° 2467 – 16 février 2012


(1) Une nouvelle conscience pour un monde en crise – Jeremy Rifkin – Ed. LLL (Les liens qui libèrent)
(2) Sciences Humaines – Martine Fournier . N°110 – Novembre 2011
(3) Histoire de l’adolescence, 1850-1914 ; Agnès Thiercé – Ed. Belin
(4) Réplique de Raimu dans la Trilogie de Pagnol


A visionner pour mieux comprendre :



Phénomène Dedi Pix blog par CyberPeople




A lire pour aller plus loin :

  • L’adolescence n’existe pas. Une histoire de la jeunesse, de Patrice Huerre, Martien Pagan Reymond et Jean-Michel Reymond.

    Pourquoi les jeunes prennent-ils leur indépendance de plus en plus tard ? Cette adolescence prolongée n’est-elle pas source de souffrance ? Comment expliquer l’augmentation des violences, des passages à l’acte, des dérives auto-initiatiques ? L’adolescence n’est qu’une création récente de notre société, un artifice pour signifier, autour de la puberté, le passage de l’enfance à l’âge adulte, qui, lui, a toujours existé. Autrefois, ce passage était célébré, délimité, à travers des rituels. Aujourd’hui, cette transition se dilue dans le temps. Pis, ce sont les adultes qui, par refus de vieillir et par souci de supprimer tous les risques, excluent les jeunes du monde des grands. Attention, l’adolescence est bien un artifice, un mythe qui nous empêche d’aider nos enfants à devenir adultes.

  • Histoire de l’adolescence, 1850-1914, de Agnès Thiercé.

    Le concept d’adolescence s’est forgé, puis inscrit dans la société, durant la seconde moitié du XIXe siècle. Ne prenant d’abord en compte qu’une minorité – les garçons pubères de la bourgeoisie, seuls à bénéficier, au sein des collèges et des lycées, d’un espace-temps de vie propre à leur âge -, la notion a peu à peu englobé celles et ceux qui d’abord en étaient exclus ; les classes populaires et les jeunes filles.
    Ce livre montre comment les nouvelles politiques d’encadrement mises en place par la Troisième République et les Églises dans les années 1880-1890 ont permis ce tournant. On voit naître une nouvelle science, la psychologie de l’adolescence.
    De la «crise de l’adolescence» à «l’âge de tous les possibles», notre perception contrastée de l’adolescence est très largement héritée des discours du XIXe siècle.

La toute première maîtrise du temps réel

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15 octobre 1582

L’histoire prend date

Le pape Grégoire XIII réunit au début de son pontificat, sous la présidence du cardinal Guglieimo Sirleto, une commission

Le pape Grégoire XIII réunit au début de son pontificat, sous la présidence du cardinal Guglieimo Sirleto, une commission sur le réforme du calendrier Julien, en vigueur depuis Jules César.

Du 4 octobre au 15 octobre 1582, pour la première fois dans l’histoire, il ne s’est rien passé, absolument rien. Ou plutôt si, nous sommes passés directement du 4 octobre au 15 octobre. 10 jours de néant, de vide ; une amnésie collective, un trou noir dans la chronologie des événements.

Et, le 15 octobre marque une nouvelle ère calendaire : les tout premiers instants du calendrier instauré par le pape Grégoire XIII qui rythme encore aujourd’hui notre vie quotidienne. Le calendrier Grégorien.

Pourquoi bigre avoir rayé d’un trait de plumes 10 jours ? Parce que le calendrier julien, instauré comme son nom l’indique par Jules César quinze siècles plus tôt, partait à la dérive par rapport au temps astronomique au rythme d’onze minutes supplémentaires par an. Soit au bout du compte 10 jours qu’il fallait à tout prix récupéré pour éviter qu’un jour tous les Noëls se passent au balcon.

Mais cette chirurgie temporelle n’était pas suffisante car, si l’on avait réglé le passif, le surplus de 11 minutes, sans mesure adaptée, continuerait à s’incrémenter au fil des ans. Les savants de l’époque remuèrent ciel et terre pour trouver une solution pérenne et logique.

C’est le principe des années bissextiles, instauré par le calendrier Julien, qui sera réformé. Les années séculaires (1600, 1700…) ne seront plus bissextiles à l’exception de celles dont le millésime est divisible par 400, comme 2000. Le tour est joué.

Pas si simple, car la réforme fut adoptée avec un délai plus ou moins long, voire très long. Immédiatement pour l’Espagne, le Portugal et l’Italie, le 9 décembre en France (qui devint le 20 décembre), le 13 septembre 1699 dans les Etats allemands protestants…et début 1918 en Russie. C’est pourquoi la Révolution d’octobre (25 octobre 1917) se déroula en novembre selon notre calendrier.

Vouloir se repérer face aux astres et aux saisons remonte à la nuit des temps (L’un des premiers calendriers est le calendrier Egyptien, dit Nilotique, 4241 av J.-C.), mais certaines nuits n’en finissent pas, comme celle où mourut Sainte Thérèse d’Avila : la nuit de 4 au 15 octobre 1582.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le Calendrier, maître du temps ?. Jours, semaines, mois, saisons, années rythment l’existence individuelle. Décennies, siècles, millénaires, cycles et ères tissent l’histoire de l’humanité. Jacqueline de Bourgoing retrace l’histoire scientifique et technique, mais surtout politique et identitaire des calendriers, et éclaire la constance et la diversité des efforts que les hommes ont déployés pour scander et habiter le temps.
  • Qu’est-ce que le temps ? Qu’est-ce que l’espace ? » Une nouvelle image du monde est en train de se mettre en place dans la physique de base : celle d’un monde sans espace et sans temps. L’espace et le temps comme nous les connaissons vont disparaître de l’image scientifique du monde, de la même façon que la notion de centre de l’Univers en a disparu « . Carlo Rovelli, physicien théoricien, parmi les initiateurs de la gravité quantique à boucles, brosse un tableau limpide de la physique fondamentale pour en éclairer les failles et les questions ouvertes.

La toute première abolition de l’esclavage

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29 août 1793

Les statuts de la liberté


Tout a vraiment commencé le 29 août 1793. Un jour à marquer d’une croix blanche sur le long chemin de croix des esclaves. Ce jour là, Léger-Félicité Sonthonax va prendre une décision radicale. En mission depuis un an à Saint-Domingue, la plus riche des colonies françaises, il est l’un des trois commissaires civils chargés par l’Assemblée législative de ramener le calme face à une situation locale explosive entre colons et personnes de couleur pour la plupart esclaves.  Sensible aux sorts des esclaves et pour calmer le jeu, il décide d’accorder la liberté à tous les esclaves de la province du nord à condition qu’ils soient enrôlés dans l’armée, autrement dit combattants.

sonthonax
Le commissaire de la République Sonthonax

« N’oubliez jamais citoyens, que c’est pour la République française que vous avez combattu, que de tous les Blancs de l’univers, les seuls qui soient vos amis sont les Français d’Europe », lancera Sonthonex pour bien marquer le caractère solennel de l’événement.

La liberté générale, c’est ainsi que sera dénommée cette mesure réformatrice avant-gardiste.  Pour la toute première fois la liberté devient, en pratique et non pas seulement en mot, universelle.

Il va sans dire que cette mesure va bouleverser la société, son économie et, bien entendu et surtout, les rapports humains. Elle se placera sur le podium des événements les plus importants de l’histoire des Amériques [1] et de notre histoire tout court. Elle met « un coin » à une pratique universelle qui remonte à la nuit des temps.

« La liberté générale »

Comment en est-on arrivé là ? Depuis quelques années, la révolte gronde chez les esclaves des colonies. A Saint-Domingue, en 1791 l’insurrection va prendre une telle ampleur que les autorités se résignent à prendre une première mesure : l’égalité de droit entre tous les hommes libres quelles que soit leurs couleurs. Uniquement les hommes libres, exit donc les esclaves. La liberté poursuit son chemin…pour les hommes libres !

C’est dans ce contexte insurrectionnel où les Britanniques soutiennent les colons contre les esclaves aidés eux-mêmes par les Espagnols que Sonthonax décidera, ce fameux 29 août, de passer à un cran supérieur.  Outrepassant ses prérogatives,  il décrète donc la Liberté générale. La nouvelle n’arrivera à Paris que le 25 septembre.

Cette fois les esclaves font partie du « package » avec des restrictions cependant qui les obligent à résider et à travailler sur leur plantation d’origine. Pour la toute première fois, est octroyée massivement la liberté à un groupe d’individus jusque-là asservis.

Pourtant vu des hauteurs de notre XXI ème siècle et de « son politiquement correct » cette mesure peut paraître bien timorée. Il n’en est rien !

Les fantômes de la liberté

Bien que la déclaration des droits l’homme proclame l’égalité des hommes, la majorité des députés de l’époque pense qu’elle ne peut s’appliquer aux colonies. « C’est un voile qui serait imprudent de lever tout à coup » , Mirabeau exprime là une opinion largement partagée.

Faut dire que l’enjeu est de taille. Au XVIIIe siècle, le système esclavagiste pratiqué dans les colonies est une réalité qui touche tous les pays d’Europe. Qu’il s’agisse de retombées économiques indirectes ou du commerce de la traite des Noirs, tous y trouvent leur intérêt. Le système ignore les frontières et bafoue les réglementations douanières.

Or à l’époque, 17 ports français participent à l’armement des navires qui alimentent cette traite des Noirs. 500 familles, formant un lobby puissant, vivent alors grassement de cette « industrie » négrière. Plus, qu’un modèle économique efficace dont la rentabilité est par ailleurs fortement discutée, il s’agit pour ses adeptes d’un modèle social émanant d’un ordre divin.

Le vent de la liberté

D’un coté de la balance une pression économique et des mentalités réactionnaires, de l’autre des partisans de l’abolition imprégnés de la culture des Lumières, le fléau de la décision politique oscillera jusqu’en 1794 avant de mettre fin « au fléau » de l’esclavage, du moins provisoirement.

Ce vent de la liberté ne soufflera pas en ventôse comme il se doit mais en pluviôse. Le 16 pluviôse de l’An II, autrement dit le 4 février 1794. Cette fois l’abolition de l’esclavage est solennellement adoptée. Et c’est une première.

La Convention proclame l'abolition de l'esclavage. Gouache - Musée Carnavalet. Paris
La Convention proclame l’abolition de l’esclavage. Gouache – Musée Carnavalet. Paris

L’audace de Sonthonax aura donc payé mais l’histoire retiendra surtout Danton qui s’exclamera à propos de ce décret « Aujourd’hui nous proclamons à la face de l’univers…la liberté universelle ».

Cependant, le vent de la liberté soufflera mollement ; il mettra près de deux ans à atteindre les colonies. C’est en janvier 1796 que la Frégate La preneuse apportera la bonne nouvelle (sauf pour les colons). Dans sa cargaison : les exemplaires de la Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795) dont le préambule stipule solennellement l’abolition de l’esclavage.

En réalité ce vent s’est levé dès 1770. Face à la barbarie de l’esclavage des idées radicalement nouvelles émergent. Divers mouvements d’opposition à l’esclavage apparaissent aux Etats-Unis comme en Angleterre, soutenus par les églises protestantes, quaker et méthodistes. Benjamin Franklin sera le fondateur de l’un d’entre eux (Pensylvania Abolition Society).

En France, des nobles « libéraux » fondent la Société des Amis des noirs sur le modèle d’une société équivalente créée auparavant à Londres. Leur objectif : l’abolition de la traite des Noirs et, à terme, une suppression progressive de l’esclavage redoutant que celle-ci déstabilise la société. Mirabeau, Condorcet, l’abbé Grégoire, La Fayette et Brissot apporteront leur soutien à cette mouvance. Brissot de Warville, journaliste et chef de file des Girondins sera d’ailleurs l’un des instigateurs de la toute première loi celle qui décrétera en 1791, comme on l’a vu, l’égalité des hommes sans discrimination de race ou de couleur, tout en excluant les esclaves.

Hélas le vent va tourner pour Brissot lorsque les Montagnards reprendront le pouvoir ; il sera guillotiné le 31 octobre 1793, un an avant le procès de Sonthonax pour sa promulgation de la « liberté générale ». Ce dernier obtiendra gain de cause avant d’être arrêté par un certain…Bonaparte qui va rétablir l’esclavage dans l’ensemble des territoires français. Le vent a encore tourné – provisoirement. Car la liberté apprend à gérer son souffle se prépararant pour une course  d’endurance.

Du franchissement de la barbarie à l’affranchissement

Entre la toute première évocation de l’esclavage avérée (qui remonte au code Hammurabi, le premier texte de loi connu, 1500 avant notre ère) à ce jour historique du 29 août 1793, il s’est donc déroulé plus de 3000 ans. 3000 ans d’oppression et de bafouage des droits les plus élémentaires. Le commerce dit triangulaire, c’est-à-dire la traite des noirs africains organisés par les Européens (au début les Portugais et les Anglais, rejoints ensuite pas les Français, les Danois et d’autres) au profit des colons américains ne représente que la partie émergée de l’iceberg[2]. Celle-ci représente en effet  moins 10 % de l’ensemble du phénonème (à partir de 1674).

Schéma du commerce triangulaire
Le commerce triangulaire à partir de 1674

L’esclavage aura été le lot quotidien des millions d’individus durant presque toute la phase dite civilisée de l’humanité. Car l’esclavagisme est le produit « dérivé» d’une société organisée ce qui dédouane de fait les sociétés primitives. Il apparaît comme une expression du pouvoir. Dans la hiérarchie de la puissance, après la capacité de donner la mort, figure la privation de liberté et l’aliénation d’autrui. Tout comme la faculté d’indulgence d’ailleurs, ce qui explique certaines mesures d’affranchissement massif.

Terrible à dire, mais qu’il s’agisse des dynasties Égyptiennes ou de l’Empire romain et de bien d’autres, l’esclavagisme représentera un des éléments moteur pour la réalisation d’œuvres monumentales comme la Grande Muraille de Chine ou les pyramides. Mais au final, sur le long terme ce modèle économique se révélera être un frein au progrès technique.

Aujourd’hui, l’innovation technologique et la force mécanique ont pris le relais ; certains scientifiques ont même calculé que cet apport équivaut pour chaque occidental à une brigade d’une centaine d’esclaves.

On voit déjà se profiler le prochain débat, à savoir :  l’homme deviendra-t-il, s’il ne l’est déjà, l’esclave de cette technologie et qui peut dire si le « Sonthonax » de demain sera encore humain ?

Les dates clés de l’esclavage

  • 1750 av.J.-C., le Code d’Hammurabi, premiers écrits évoquant l’esclavage ;
  • 3 juillet 1315 : un édit affranchit l’esclave qui touche le sol Français ;
  • 1441 : Début de la traite négrière en Europe, par les Portugais ;
  • 1518 : Charles Quint autorise la traite et l’esclavage ;
  • 1642, Louis XIII lui emboîte le pas, en l’autorisant dans les colonies françaises ;
  • 1643 : première expédition négrière reconnue ;
  • 1674 : essor du commerce triangulaire, échange entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques ;
  • 1749 : année négrière la plus productive pour la France ;
  • 1759, les quakers sont les premiers blancs à condamner l’esclavage ;
  • 1770 : les quakers interdisent la possession d’esclaves ;
  • 29 août 1793 : Abolition de l’esclavage à Saint-Domingue ;
  • 4 février 1794 : la Convention abolit l’esclavage dans les colonies françaises ;
  • 20 mai 1802 : Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies ;
  • 02 juillet 1802 : réduction des droits civils des libres de couleurs ;
  • 1807 : la Grande-Bretagne et les Etats-Unis abolissent la traite;
  • 1848 : L’abolition de l’esclavage est inscrite dans la Constitution ;
  • 1849 : dernière livraison négrière française (non officielle) des noirs ;
  • 8 mars 2000 : le Sénat Français reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité;

1 -Wikipédia : Histoire de l’esclavage
2- On estime entre 12 à 20 millions d’africains victimes de ce commerce qui commença par l’ile portugaise de Sao Tomé dans le golfe de Guinée.


A consulter pour mieux comprendre :

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • L’abolition de l’esclavage – Sélection thématiques du site EducaSources : une sélection de documents réalisée dans le cadre de la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai. Elle propose des dossiers pédagogiques, des repères historiques et une rubrique « l’esclavage aujourd’hui ».
  • La Route de l’Esclave sur le site de l’UNESCO – Lancé en 1994 à Ouidah, au Bénin, le projet La Route de l’esclave a joué un rôle significatif dans la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme crime contre l’humanité par les Nations Unies en 2001 lors de la Conférence mondiale contre le racisme de Durban.
  • Codes noirs : De l’esclavage aux abolitions par Christiane Taubira et André Castaldo – Du premier Code noir de 1685 aux dernières conventions internationales et à la loi du 21 mai 2001 s’exhale la grande misère humaine.