jeudi, 09 février 2012

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Archive pour: octobre, 2005

Pour la première fois, « l’entertainment » tisse sa toile

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1er septembre 1902

Avant-Première

« Le voyage dans la Lune » de George Méliès peut être vu comme un lever de rideau sur une nouvelle ère : l’ère de l’image, de la mise en scène et des trucages. Autrement dit, sur un monde d’illusion qui grâce au procédé d’images animées, le cinématographe, terme déposé en 1892, prend l’apparence de la réalité pour mieux la dépasser. Pour la première fois, la société du divertissement entre en scène.

Méliès, né à Paris en 1861, est un magicien et un « touche à tout ». A la fois manuel, artiste, créatif, inventeur, entrepreneur, producteur, il trouve dans le cinéma naissant le moyen d’exprimer ses talents. Le 7ème art, dont l’expression ne sera inventée qu’en 1911 par le critique italien Roberto Canudo, rassemble, selon lui, une palette de disciplines incroyablement large qu’il entend déployer à sa guise.

Inspiré du roman de Jules Verne, De la Terre à la Lune, Le voyage dans la Lune, met en scène de manière baroque, en trente tableaux, un aller-retour Terre-Lune vécu par 6 astronautes. Ce sera l’occasion, pour Méliès, de marier ses compétences de prestidigitateur et son expérience théâtrale à son envie de donner corps à son imagination. Il ouvre ainsi la voie à un genre nouveau appelé la Féérie, qui préfigure la science-fiction.

Pour la toute première fois, le spectateur est projeté dans une véritable histoire ne nécessitant aucun intertitre pour la compréhension de « l’intrigue », portée par des effets spéciaux et des trucages qui servent le scénario, le tout pour ce que l’on pourrait qualifier de long métrage pour l’époque, c’est-à-dire au-delà de 5 minutes.

Le vrai cinéma est né et avec lui la société de l’image et une nouvelle manière de raconter les histoires, à des années-lumières des traditions des conteurs oraux ou écrits et à quelques bobines des réalisations des frères lumières et de quelques autres qui s’inscrivent davantage dans le documentaire.



Coup de projecteurs sur les premières lumières du Cinéma

Alice Guy, première réalisatrice de fiction

Le 28 décembre 1895, les Frères lumières inaugurent la première séance publique de Cinéma en projetant au salon Indien du Grand Café, à Paris, la Sortie de l’usine Lumière à Lyon (une première représentation du film en privé a eu lieu l’année précédente). Cet événement marque la naissance officielle du cinéma. Ce film s’apparente à un documentaire.

Cependant, en 1896, Alice Guy réalise ce que l’on considère comme la toute première œuvre cinématographique de fiction : « La fée au choux ». Quant au premier film monté, c’est-à-dire ne se limitant pas à une succession de scènes mises bout à bout, est réalisé à l’occasion du couronnement du tsar Nicolas II, tandis que le premier long métrage (+ de 60 minutes), The story of the Kelly Gang date de 1906. Quant au tout premier studio, situé à Montreuil, on le doit à Méliès. Silence, la roue tourne.



A voir « Le voyage dans la Lune » de Georges Méliès (La bande son n’est évidemment pas de l’époque):



A voir, à lire pour aller plus loin :

  • Europa Film Treasures cette bibliothèque numérique, qui devrait s’enrichir chaque année d’une cinquantaine de nouveaux films, est l’œuvre d’un Français fou de cinéma, Serge Bromberg. C’est à ce collectionneur et restaurateur de films anciens que l’on doit notamment la découverte, il y a quelques années, de dix-sept films de Georges Méliès réputés perdus. Grâce à Serge Bromberg, les pépites des cinémathèques européennes sont désormais visibles gratuitement sur le Web.
  • La Magie Melies : un documentaire époustouflant qui retrace, à l’aide de documents inédits et de nombreux extraits de films, la vie et l’œuvre de Georges Méliès
  • Georges Méliès – Le premier magicien du cinéma Coffret évènement 6 DVD !!! 200 films, 15h de programme, un livret de 40 pages préfacé par Norman McLaren, édition définitive avec les plus belles restaurations
  • L’Oeuvre de Georges Méliès Publié à l’occasion de l’exposition Georges Méliès organisée par la Cinémathèque française, cet ouvrage reproduisant plus de 400 illustrations provenant de deux fonds prestigieux (photographies de plateaux, projets de décor et de costumes, caricatures…), est un hommage à l’une des figures les plus étonnantes du cinéma naissant, un artiste complet, un  » prestidigitateur qui mit le cinématographe dans un chapeau pour en faire sortir le cinéma « , selon les mots d’Edgar Morin.

Toute première « touche » de la révolution sexuelle

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1956

Une pilule qui change la vie !

Gregory Pincus (1903-1967), biologiste américain, le père de la pilule contraceptive.
Gregory Pincus (1903-1967), biologiste américain, le père de la pilule contraceptive.

 

 

1956 marque un tournant absolument majeur dans l’histoire de l’humanité. Ce que l’on désignera  comme la toute première révolution sexuelle. 

Une pilule d’un genre nouveau qui ne cherche pas à soulager la vie mais à la contrôler est testée par son inventeur américain, le Dr Gregory Pincus (qui codirige la Fondation  Workcenter de Boston pour la biologie expérimentale) sur 250 jeunes femmes d’une banlieue de Porto-Rico.  

Désormais l’humanité va jouir d’un droit de regard sur les naissances couplé à un droit au plaisir. Les tout premiers de la gente animale à disposer d’un tel  pouvoir ! Désormais, il n’y aura plus de mal à se faire du bien.

 Contrôler les naissances : un rêve qui devient réalité

Faut dire que l’attente remonte à la nuit des temps. Jusqu’ici les rapports amoureux restaient une activité à haut risque.  Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir accompli moult acrobaties pour les réduire : introduction de miel dans le vagin, pommade à base d’excréments de crocodile égyptiens, huiles de racines de mandragore mélangées à la pulpe de grenade, douche vaginale d’eau froide pour tuer le sperme vivant, tampons occlusif en laine. On retrouvera même une sorte de stérilet dans une momie égyptienne !

A cela s’ajoute les efforts côté sexe fort avec l’introduction en 1870 du tout premier préservatif en latex. Bref, toute une panoplie de méthodes dont la plus célèbre reste  la fameuse méthode Ogino, mise au point en 1924 par un médecin japonais, Kiasuku Ogino. Las, des milliers de bébé naîtront de la suite des échecs (40%) de cette méthode.

La progestérone : le pouvoir de dire non !

Depuis, la science à progressé : ici la première pilule supprimant totalement le cycle mensuel.
Depuis, la science à progressé : ici la première pilule supprimant totalement le cycle mensuel.

 Cette fois, Gregory Pincus tient le bon bout ou plutôt la bonne formule. Il est aidé en cela  par la volonté inébranlable de 2 femmes : Margaret Sanger qui est infirmière et leader féministe et Katharine McCormik, biologiste qui propose, dès 1950, de financer ses recherches grâce à son  immense fortune. 

Pincus est persuadé que la solution consiste à stopper l’ovulation durant la grossesse en mettant la femme sous progestérone.  Le principe ainsi défini, il faudra 6 années pour en ajuster l’élaboration qui passera par un composé de progestérone et d’estradiol (l’Enovid) puis  qui se tournera vers un allégement de la concentration hormonale.  
Après en avoir réglé les effets secondaires, la pilule contraceptive(1) arrive sur le marché des Etats-Unis en 1959 où elle rencontre un vif succès mais aussi beaucoup d’hostilités.

Dès 1965, plus de 25% des américaines de moins de 45 ans lui fera confiance.  Elle sera adoptée rapidement en Chine pour les raisons que l’on imagine. Il faudra attendre la loi Neuwirth fin 1967, pour qu’elle fasse son apparition en France, et seulement pour les couples mariés, jusqu’ici sous le joug de la loi de 1920 prohibant la contraception. 
69 n’est plus qu’à une encablure. 

L’aventure humaine part déjà sur un nouveau pied qui annonce une révolution des mœurs sans précédent. « Prendre son pied » et garder  l’esprit libre, pour la toute première fois, le rêve devient réalité.


 Petite histoire des premiers pas de la seconde révolution sexuelle !

Nous sommes en 1983 à Las Vegas où se tient un congrès d’urologie. Un chercheur britannique Giles Brindley doit y présenter ce qui est considéré comme le tout premier traitement vraiment efficace contre le dysfonctionnement érectile (DE), autrement dit, l’impuissance. Personne à l’époque ne parle de Viagra car celui-ci ne fera son apparition qu’une quinzaine d’années plus tard. Ce traitement, que Brindley va annoncer, fait donc figure de découverte historique pour la prise en charge de l’impuissance.

Lors de son exposé dans l’auditorium de l’hôtel, Giles Brindley aborde, bien entendu, ses travaux de recherche dont le principe consiste à une injection dans le pénis de substances améliorant la circulation sanguine. Il explique qu’en l’absence de modèle animal adéquat, il a auto-expérimenté son traitement, avec preuve à l’appui sous forme d’une série de photographies  plus évocatrices les unes que les autres.

Conscient que ces photos qui auraient pû être prises dans un contexte de simulation érotique autre que médicamenteuse ne constituaient pas vraiment une preuve aux yeux de l’assemblée réunie ce jour-là dans la salle, il décida d’appuyer sa démonstration autrement.

A la stupeur du public, il baissa son pantalon et son caleçon, en expliquant qu’il s’était préalablement injecté dans sa chambre d’hôtel le fameux produit. Son pénis était manifestement en érection. Mais Brindley ne s’arrêta pas là. Pour convaincre définitivement son assemblée, il descendit de l’estrade, ses attributs aux vents, et alla à la rencontre du public en tenue de soirée.  « J’aimerais donner à certains membres de l’assistance l’occasion de confirmer le degré de tumescence, » dit-il le plus sérieusement du monde.

Inutile de préciser les réactions de l’assistance, surtout pour sa partie féminine, qui hésita entre stupeur et tremblement ! Au final, les résultats furent publiés fin 1983. L’un des membres de l’assistance à qui l’on doit ce récit, félicita en 2005 dans un article (2) le professeur Brindley pour « l’énorme contribution » aux troubles de l’érection.  Sic !

 


(1) Le terme usuel de « Pilule » aurait comme auteur Aldous Huxley qui emploi le mot « the pill » dans « le Meilleur des mondes » en 1958.
(2) L’urologue Laurence Klotz dans le British journal of Urology International.

 


A visionner pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

Le premier jour du début de la fin de la vie privée

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19 janvier 1953

Aux frontières du réel


19 janvier 1953 : le premier jour du reste de notre vie…cathodique !

Ce jour-là est à marquer d’une croix blanche dans le carnet rose de la télévision noir et blanc naissante.

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Pour la toute première fois dans l’histoire du divertissement, le réel se confond à la fiction et donne naissance au précurseur de la télé-réalité[1]. Cet heureux événement est celui d’une naissance qui a lieu à la fois dans le monde réel et dans un monde imaginaire, celui de la première série télévisée : I love Lucy.


I love les séries TV…


Mais rembobinons le film. Le 15 octobre 1951, la chaine de télévision CBS diffuse le premier épisode de ce qui est considérée comme le tout premier sitcom, I Love Lucy. Durant 6 ans, 180 épisodes, tournés en public, seront diffusés, avec un succès audience –en données relatives- presque inégalé encore aujourd’hui.

Au cours de la seconde saison de la série, comme on dit aujourd’hui, Lucille Ball, l’actrice principale de la série qui incarne Lucy Ricardo, – une femme quelque peu extravagante qui rêve de troquer sa vie de ménagère pour celle d’artiste-, se retrouve enceinte. Les scénaristes ont alors l’idée d’intégrer cette grossesse au scénario. Trouvaille d’autant moins fortuite que c’est son mari dans la vie réelle, Desi Arnaz, qui joue son conjoint. Plus fort, ils vont jusqu’à faire coïncider la naissance télévisuelle de l’enfant de la série, Little Ricky, avec le jour où l’actrice donne le jour à son bébé. Succès au-delà des espérances puisque 72 % des foyers américains (42 millions de téléspectateurs) dotés d’une télévision assistèrent à l’épisode mémorable.

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Ce jour là, on assistera à la mort d’un tabou et à deux naissances : celle du second enfant de la star de la première série tv et celle du concept de la télé-réalité , ultime avatar des sitcoms. Quant au tabou, il faut réaliser qu’à l’époque, aux Etats Unis, le terme même de grossesse était banni des médias. L’épisode sera donc baptisé « Lucy is enceinte », in french, pour brouiller le décodage de l’américain moyen.

Mais cette naissance simultanée on-air et « on the table », comment était-ce possible ? C’ est là qu’interviennent la technique…et la ténacité de l’actrice Lucille Ball. Jusqu’alors, les émissions étaient toutes diffusées en direct pour des raisons techniques. Mais sous l’impulsion de l’actrice, la production accepta de tourner dans des conditions proches du cinéma, avec 3 caméras, en différé, en 35 mm et à Hollywood. Résultat : Lucille et lucy, le personnage qu’elle incarnait, accouchaient conjointement des premiers faux-jumeaux de l’ère médiatique.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, I love lucy, permit aussi à la télévision d’entrer dans l’ère industrielle. Les principes techniques utilisés et notamment l’enregistrement ont rendu possible le montage mais aussi les rediffusions et la commercialisation à travers le monde. Une nouvelle naissance était donc annoncée, celle du média de masse.


Des sitcoms à la Télé-réalité


Depuis, la famille des sitcoms, telenovela et autres soap-opéra, s’est agrandie. Si l’on s’en tient au dernier rejeton, la télé-réalité, au delà d’I Love Lucy que l’on pourrait qualifier de pilote, le premier véritable programme a été diffusé en 1973 : « An American Family ». Il s’agissait de suivre la vraie vie de vrais gens sur des longues périodes. 25 ans plus tard, apparaît une nouvelle génération de divertissement avec « Expedition Robinson », une sorte de Koh Lanta à la sauce suédoise. Mais c’est le 26 avril 2001 que vole vraiment en éclats la frontière entre la vie publique et la vie privée : Loft Story envahit les esprits, les médias et les écrans.

Cette fois, les individus, en quête de toujours plus de transparence et de sensationnel, ouvrent en grand aux appétits de la petite lucarne ce qu’il y a de plus intime. Le téléspectateur vient peut-être de franchir pour la première fois le rubicon de l’omni-surveillance.

Désormais, le phénomène tisse sa toile  sur le web. Avec des sites comme Twitter -site de microblogging permettant de publier des messages de type SMS-, certaines stars jouent leur propre paparazzi en postant elles-même leurs photos ou messages intimes. C’est le cas de Demi Moore ou de Britney Spears qui n’hésitent pas à communiquer à leurs adeptes ou suiveurs, comme on dit sur la Twittosphère, des photos très personnelles,en petite culotte par exemple, ou des reflexions… très impersonnelles : je suis en train de regarder un DVD.   Microblogging mais maxi suiveurs, plus de 600 000 fans de la twittophile Demi Moore, qui restent connectés en permanence à leurs idôles, qu’il s’agisse de la montée des marches à Cannes ou de leurs faux pas quotidiens.

 Autant rendre public ce qui ne restera pas privé pour éviter de se priver du public : tel semble être le mot d’ordre, en 83 caractères, de la nouvelle vague du web participatif. Du postérieur à la postérité, il n’y a finalement qu’un post.  


Lorsque la télé-réalité fait tomber un tabou absolu
Le 21 décembre 2011, la chaîne publique néerlandaise Nederland 3 a prévu de diffuser une émission où le cannibalisme aura le droit de cité ! Ce soir là, deux présentateurs, Dennis Storme et Valerio Zeno, mangeront chacun un morceau (tout petit morceau) de chair de l’autre, en référence à la catastrophe aérienne survenue dans les Andes en 1972. Catastrophe au cours de laquelle les rescapés ont procédé à des actes de cannibalisme pour survivre.
Pour mener à bien cette toute première douteuse, un chirurgien prélèvera un morceau de chair à chacun des protagonistes, qui sera ensuite cuit par un cuisinier. Désormais, on ne se prive plus de rien même du plus mauvais gout; le premier jour du début de la fin des derniers tabous !
Publié le 28 décembre 2011


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Quelques dates à retenir :

  • 1923, l’anglais John Baird réalise le premier téléviseur digne de ce nom qui porte à ce stade que sur l’image… Le son viendra plus tard;
  • 11 septembre 1928, diffusion de la première dramatique aux Etats-Unis, en simultanée à la radio pour le son;
  • A partir du 30 septembre 1929, une émission quotidienne est diffusée de Londres;
  • 26 avril 1935, première émission de la télévision française;
  • 9 octobre 1950, le tout premier feuilleton de la télévision française, L’Agence Nostradamus réalisée par Claude Barma;
  • 1954, premier magnétoscope professionnel;
  • 1959, L’homme invisible ouvre la voie, au Royaume-Uni, au genre de la Science-fiction ;
  • 1978, Dallas inaugure le concept du Soap-Opéra, principe du feuilleton fleuve.
  • 6 novembre 2001 (14 septembre 2002, en France), 24 heures chrono introduit la notion de temps réel.

1 –   La télé-réalité repose essentiellement sur deux fondements : montrer la vie privée et réelle, en la scénarisant pour la rendre plus croustillante et, d’autre part, ne plus recourir à des comédiens  mais simplement à des acteurs de leur propre vie à qui l’on promet, grâce à leur participation, notoriété et une vie meilleure. A sa  manière, I love Lucy développe le premier volet mais pas encore le second.



A visionner :



A lire et à consulter pour aller plus loin :
  • Lucille Ball – I Love Lucy [Import anglais] – 5 DVD, 16 épisodes, le tout premier sitcom ! L’immense succès de I love Lucy incita de grands acteurs de l’époque à participer à certains épisodes, parmi lesquels : William Holden, Bob Hope, Rock Hudson, Harpo Marx ou encore Orson Welles.
  • Dictionnaire des séries télévisées – L’ambition de ce Dictionnaire des séries télévisées est avant tout de répondre à une demande, à une curiosité, et de le faire avec un maximum de rigueur scientifique d’une part, et un vrai commentaire critique d’autre part. Chaque notice présente les informations techniques indispensables (créateur, acteurs, production, diffusion…), une note entre 0 et 4, un « pitch » de départ dressant les grandes lignes de la série, et l’opinion de l’auteur – toujours personnelle. Plus de 3 200 entrées traitent de la totalité des séries diffusées en France depuis l’origine de la télévision et de quelques séries étrangères (une trentaine) jamais programmées à la télévision française mais considérées par les auteurs comme particulièrement importantes.
  • Séries On Air, le site de l’actualité des séries TV.

Les tout premiers bronzages

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1925

L’exposition universelle


 

On raconte que tout a commencé sur le yacht du duc de Westminster par une journée ensoleillée.  spay_1024_resizemoittransparent Nous sommes à Cannes, en 1925. Ce jour-là, Coco Chanel découvre, pour la toute première fois, dit-on, les effets du soleil sur sa peau ! Dès lors, la mode du bronzage est dans l’air et un demi siècle plus tard, les bronzés feront du ski !

Mais comme bronzage et protection vont de paires, le véritable coup d’envoi de ce phénomène pigmentaire et planétaire aura lieu en 1927, grâce à Jean Patou et son huile de Chaldée : “la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”.

En proposant cette innovation à Gabrielle Chanel, Jean Patou n’imagine vraisemblablement pas à quel point cela révolutionner notre rapport au Soleil et libérer notre corps…de son carcan solaire! C’est un véritable coup d’arrêt à l’hégémonie de la pâleur qui règne sans partage –en occident mais également dans de nombreuses cultures- depuis au moins deux milles ans.

Ceci est mon corps

On pourrait penser que ce coup fatal porté au teint de porcelaine n’aurait d’influence que sur la mélanine et les coups de soleil. Peau de balle ! En contrôlant la couleur de la peau, c’est de la toute première prise de possession de notre corps dont il s’agit. C’est à la fois une révolution culturelle et un signe d’émancipation sans précédent, estime Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne [1].

Imaginez : pour la toute toute première fois dans l’histoire, il devient possible de s’exposer au soleil, sans limite ou presque ou du moins sous contrôle, non pas par obligation mais par choix. Donc pour son plaisir. L’idée de bronzage –qui va accompagner la notion de plaisir – va donc se répandre dans la société comme une crème…solaire sur l’épiderme. La libération des esprits et des corps est en marche…jusqu’à la dictature des corps bronzés des années 70-80.

Qu’il est long le chemin du « hâlage » !

Si Grecs et Romains cultivaient déjà leur corps et leur passion pour les bains, on est encore loin de parler de bains de soleil (les premiers thermes sont construits par Agrippa en 18 av J.-C.). D’autant qu’à cette époque  le teint clair est déjà de rigueur. Pour le blanchir, on utilise alors de la Céruse (pigment toxique à base de plomb, appelé aussi carbonate de plomp) ou de la craie tandis que les Egyptiens ont recours à des pommades à base d’albâtre et de lait d’ânesses .

Avec l’avènement de l’ère chrétienne, on assiste à un véritable culte de la blancheur, calquée sur l’image de l’Immaculée conception. Le corps féminin sera le porte-drapeau de cette image diaphane de la Vierge, et les références seront la fleur de lys et l’albâtre. Il n’empêche qu’à cette époque certains mouvements gnostiques pratiquent les premières formes de naturisme. C’est un autre sujet même si l’on peut associer ce mouvement à la pratique du bronzage et considérer qu’il en est le précurseur.

En résumé : par le passé la règle était d’éviter de s’exposer à tout prix. Y dérogeaient, ceux qui y étaient contraints : les paysans, les forçats, les soldats. De fait, la blancheur du visage était symbole de distinction. A la Renaissance, de nombreuses préparations permettaient de blanchir le teint. L’historienne Catherine Lanoé[2] dénombre pas moins de 15 manuels de cosmétiques entre 1541 et 1782. Hâle, taches de rousseurs, rougeurs, tout devait être dissimulé sous une couche qui deviendra du fard (à base de carbonate de plomp servant de piment blanc) à l’époque de Catherine de Médicis[2].

Pour l’aristocrate du XVIIIème siècle, vêtement et visage doivent être blanc ; on le distingue ainsi de loin et ce qui importe. Cela pousse les élites à se distinguer encore davantage et à amorcer un mouvement vers les vertus du naturel. Le maquillage devient plus discret. La révolution solaire est en marche.

Signes extérieurs de bien être

Signe avant coureur du phénomène de bronzage, des bains de lumière commencent à être recommandés à partir des années 1850. Ils visent à lutter contre la mélancolie ou la tuberculose. Les premiers hygiénistes militent pour une circulation de l’air et de la lumière. Par analogie entre l’état des villes, le plus souvent insalubres et les corps malades, ils vantent les bienfaits de l’héliothérapie et des cures d’altitudes.

Cependant, le soleil thérapeutique n’est qu’une transition vers le soleil plaisir. Gabrielle Chanel [2], comme on l’a vu, sera la toute première personne à prendre conscience des effets du bronzage et du plaisir qu’il peut procurer à condition de savoir le maîtriser. Notons qu’à l’époque le terme bronzage ne se rapportait qu’au moulage. Il signifiait recouvrir de bronze et n’était utilisé que dans sa forme transitive. Le Larousse le mentionnera dans sa nouvelle acception qu’en 1928.

Brunir de plaisir

En moins d’une dizaine d’années, on passe du bannissement de la peau hâlée à sa glorification. Le basculement n’est pas que pigmentaire. Il témoigne en réalité d’un profond changement structurel de la société.

La femme est au cœur de cette mutation sans précédent par son ampleur et par sa rapidité. Ses cheveux raccourcissent comme ses vêtements qui montrent ses jambes ; le corset est abandonné. En 1930, à l’occasion des premiers bains de soleil, le ventre se dévoile timidement.

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la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”

A travers la peau, c’est une toute nouvelle société qui pointe le bout de son nez. Une société dont les fondements seront les loisirs, le plaisir et la réalisation de soi. Les élites adoptent le sport, les voyages et prennent soin de leur santé. Cela se traduit pas une bonne mine. Celle-ci devient peu à peu le graal de ceux qui sont encore dans la mine et qui en sortent épisodiquement pendant les tout nouveaux congés payés.

Ce phénomène n’est pas uniquement occidental, car on le retrouve aussi chez les japonais par exemple. En revanche, les peuples à la peau mate se sentent, et pour cause, moins concernés.

Un mouvement va bénéficier à fond de la pratique du bronzage : le naturisme. Il faut distinguer nudisme, plutôt balnéaire et naturisme qui reste une doctrine plus globale. D’ailleurs en France, c’est en 1904 qu’apparaît, près d’Etampes, le premier camp de naturisme, bien avant donc l’éloge du bronzage.

Une peau sous contrôle

« Ce qu’il y a du plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrivait Paul Valéry.

Si dans les années 70, le bronzage devient un dû, ce qui l’est encore aujourd’hui (68% des français considère le bronzage comme la priorité de vacances, sondage Axa Santé 2008) on s’aperçoit assez vite que le soleil n’a pas que des bienfaits.

D’ailleurs, à compter des années 90, le ton change et certaines publicités prônent les teints blafards comme Calvin Klein avec Kate Moss, dans le prolongement des tendances punk ou gothique.

L’enjeu aujourd’hui est de contrôler la couleur de sa peau, sans danger et sans contrainte saisonnière. Dès 2009 un implant à base d’une protéine appelée Melatonan permettrait d’obtenir un teint hâlé en permanence et sans risque.

En revanche, le contraire n’est pas encore à portée de main comme en témoignent les efforts désespérés de « blanchissement » de Mickael Jackson.

Si la distinction sociale fondée sur le bronzage n’est plus d’actualité, la couleur de la peau restera encore longtemps un facteur de discrimination. Black, blanc beurre…de cacao , une formule qui protège davantage les couches de l’épiderme que celles de la société.

Les étapes du chemin de hâlage…

  • 1855, premières cures de lumière, à Veldes en Slovaquie ;
  • 1893, invention par un allemand de la culture du nu, Nacktkultur;
  • 1904, invention de la première lampe à ultraviolet, par l’allemand Küch;
  • 1909, premier concept d’institut de beauté avec cabine de soins, à Londres ;
  • 1927, première huile solaire proposée par Patou protégeant l’épiderme ;
  • 1928, Vogue lance le débat : Etre ou ne pas être hâlée;
  • 1935, l’ambre solaire conçue par Schueller, fondateur de l’Oreal, permet de bronzer sans brûler comme l’indique son slogan;
  • 1937, Sortie des premières lunettes de soleil Ray-ban;
  • 1939, Marie-Claire explique « comment brûnir vite » ;
  • 1944, première crème à bronzer, à base de beurre de cacoa et de jasmin ;
  • 1946, premières formules cosmétiques sans parfum, issus des laboratoires Roc;
  • 5 juillet 1946, présentation à la piscine Molitor du premier bikini qui sera vendu dans une boite d’allumettes;
  • 1960, premiers produits auto-bronzants;
  • 1962, apparition des facteurs de protection solaire grâce à la marque Piz Buin ;
  • 1976, généralisation des indices de protection;
  • 2003, bronzage par brûmisation;
  • 2009, commercialisation en cours du premier implant de bronzage garantissant 6 mois de bronzage permanent.

Publié le 19 août 2009

[1] L’invention du bronzage – Pascal Ory – Edition Complexe
[2] Du teint hâlé honni au bronzage de rigueur – Bernard Andrieu-


A voir et à lire pour aller plus loin :    

  • L’invention du bronzage : Essai d’une histoire culturelle – Pascal Ory – Edition Complexe. L’une des principales révolutions culturelles du XXe siècle n’a, jusqu’à présent, guère suscité l’intérêt des historiens : celle qui a conduit le canon de la beauté pigmentaire de l’ordre du marbre à celui du bronze. Dans un essai historique vif, original et stimulant, Pascal Ory revient sur la délimitation historique du phénomène.
  • Bronzage : Une petite histoire du Soleil et de la peau – Bernard Andrieu – CNRS Editions. De la blancheur ivoirine des anciens canons de beauté au brun tanné vanté par la réclame, des baignades de jadis aux cabines d’UV d’aujourd’hui, du bronzage sexualisé de la bimbo à l’aura trop mate du  » métèque « , Bernard Andrieu livre ici un panorama illustré de l’histoire de la peau et du hâle.
  • Les Bronzés (Édition simple) DVD – « Y a du soleil et des nanas, ladirladirla », Popeye le GO bourreau des cœurs, Jean-Claude Dusse-de-Paris, Gigi, Les Bronzés possède tous les attributs du film culte : multimillionnaire de la statistique médiamétrique des chaînes TV, répliques connues par cœur, etc. Et pourtant, en 1978, rien ne prédisposait cette charge contre les clubs de vacances au triomphe.