mercredi, 10 mars 2010

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Archive pour: décembre, 2004

Nos tout premiers rires

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Posté par fabrice
 

- 99 000 ans !

Rira bien qui rira le premier

Ne nous racontons pas d’histoire, celui qui est capable de fournir avec précision la date des tout premiers rires de l’humanité est un imposteur…ou un humoriste.

Et si l’on parlait sérieusement du rire…

Plus sérieusement, il est probable que la pratique sociale du rire émerge en même temps que la conscience de soi, une aptitude qui engendre d’autres formes d’expression comme l’art rupestre ou les sépultures. Encore faut-il s’entendre sur la notion de rire qui va du rire émotionnel au simple rictus, en passant par le fou rire ou une forme beaucoup évoluée que représente l’humour.

D’un point de vue physiologique, le rire nécessite une certaine maîtrise du langage articulé. Selon certains scientifiques, le rire aurait pu même précéder le langage et donc prétendre à être la première forme de communication orale. Si l’on va au-delà de la définition de Bergson « le rire : du mécanique appliqué sur du vivant », en prenant une conception plus sophistiquée, il est possible de situer les premières tranches de vraie rigolade entre 200 000 et 40 000 ans.

Le syndrome de la “vache qui rit” !

On dit communément que le rire est le propre de l’homme, pour citer la célèbre formule de Rabelais. Si l’on en croit les éthologues, cette assertion serait fausse. On sait que le rat –lorsqu’on le chatouille ou plutôt le ratouille- ainsi que certains singes sont rieurs.

Récemment, des enregistrements ont été réalisés à l’université de Portsmouth (Royaume-Uni) sur des jeunes singes (orangs-outangs, chimpanzés, bonobos et gorilles)[1]. On leur prodiguait des chatouilles. L’analyse acoustique prouve qu’il s’agit bien de rires : éclats de rire assez brefs mais sonores pour les orangs-outangs, plus longs pour les autres. Les bonobos par exemple ont la capacité de rire en expirant pendant plus de dix secondes. Cette faculté de prolonger la phase d’expiration en vocalisant n’est donc pas spécifique à l’homme comme on le croyait jusqu’à présent. Il n’y a donc plus de doute, le rire n’est pas l’apanage de l’homme, même si « la vache qui rit » reste une exception !

mort_de_rire

Soyons sérieux ! Pascal Picq, paléoanthropologue, considère que le rire fait partie du bagage ancestral commun aux singes et à l’homme, au même titre que la bipédie, la conscience, l’empathie ou les systèmes sociaux. En cela il rejoint l’analyse de Darwin en 1872. Pour lui, l’ensemble des émotions s’exprime de manière assez comparable chez l’homme et les grands singes. Ces aptitudes potentielles remontent à notre ancêtre commun, Toumaï, apparu il y a environ 7 millions d’années. De ce fait, on pourrait presque dire « rira bien qui rira le premier… »

Le rire : une histoire qui n’a pas toujours été drôle

Justement, les premiers rires civilisés ont plutôt connu des grincements de dents. Car le rire et son compère plus caustique, l’humour, n’ont été vus avec bienveillance qu’à partir du XIIIème siècle, grâce à un chirurgien, Henri de Mondeville. Il prit le parti du rire en expliquant «que le corps se fortifie par la joie et s’affaiblit par la tristesse ».

Jusque-là : bonjour tristesse ! Qu’il s’agisse des philosophes grecs, Aristote, Platon, et même Socrate, le rire n’était pas leur tasse de thé. Il le trouvait laid, dégradant, autrement dit indigne des hommes car les détournant de la vérité. Le père de l’Eglise grecque, St Jean Chrysostome, estimait que le rire conduisait au péché.

Cette théorie fit son petit bonhomme de chemin jusqu’au Moyen Age, où les savants de l’époque vont qualifier le rire de diabolique. La preuve, selon eux : aucun rire de Jésus relaté dans les évangiles.

La réhabilitation du rire au XIIIème siècle durera le temps d’un soupir. Les siècles suivant ne seront en effet pas une partie de rigolade. On ne plaisante pas avec la Bible ! L’Angleterre protestante et la France catholique vont rivaliser pour diaboliser le rire. La reine Victoria ira même jusqu’à l’interdire dans les salons.

De l’autre coté de la Manche, au pays de la guillotine, on ne badine pas non plus avec le rire. Au lendemain de la révolution, il est admis qu’un « républicain ne rit pas ». Autre époque, autre révolution, mais même combat contre l’humour : pour Staline, « un peuple heureux n’a pas besoin d’humour ». Autrement dit, faites la guerre, pas l’humour !

Enfin, arrive le XIXème siècle. Les zygomatiques vont enfin pouvoir s’exprimer, pour le meilleur et…pour le rire ! Laissons le mot de la fin à Alphonse Allais : « le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression ».

Publié le 4 juillet 2009

1 - Etude réalisée par Marina Davila Ross de l’Université de Portsmouth, primatologue à partir de 800 enregistrements de jeunes singes subissant des chatouilles sur le cou, sous les bras ou sous les pieds.


Pour en rire :

Une parodie de Mel Brooks qui évoque notamment le rire au sein de la vie quotidienne préhistorique…


A lire pour aller plus loin :

  • Les bienfaits du rire sur Doctissimo. L’humour aurait un effet bénéfique sur notre corps ! Au point que les blagues constitueraient une véritable drogue dont nous ne pouvons pas nous passer ! Aucune chance de mourir de rire, au contraire !
  • Le Rire, sa vie, son oeuvre : Le plus humain des comportements expliqué par la science. Vous voulez tout savoir du rire ? Lisez ce livre. Robert Provine, le seul neurobiologiste au monde à étudier expérimentalement le rire depuis dix ans, répondra à toutes vos questions.
  • Le rire de Eric Smadja. Alors que l’on vante ses bienfaits - la valeur des thérapies par le rire, par exemple -, les préjugés attachés à cet acte essentiel semblent demeurer intacts. Qu’est-ce que le rire ? Pourquoi rit-on ? Et de quoi ? À travers la psychanalyse, la physiologie, l’éthologie, la littérature, la philosophie, l’anthropologie, cet ouvrage analyse toutes les facettes du rire. Pour rire en connaissance de cause !

4.5.3 High Tech 468-60

La toute première langue

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Posté par fabrice
 

- 50 000 ans

Langue maternelle

Une bise glaciale parcourt une steppe arpentée par une horde de caribous et de mammouths à la fourrure parsemée de givre. Elle s’aventure sur une nouvelle terre qui vient d’émerger et qui forme un pont naturel entre l’Alaska et la Sibérie, la Béringie. Cette situation est la conséquence d’une baisse d’une centaine de mètres du niveau des océans. Nous sommes au cœur de la dernière glaciation ; la glaciation dite de Würm. Plus au sud, le Sahara connaît des épisodes pluvieux inhabituels.

Quelque part dans ces contrées survit depuis quelques milliers d’années (peut-être plus, - 100 000 ans), tant bien que mal, un groupe réduit d’individus. Ce petit groupe est réparti sur un périmètre assez restreint. Cet isolement et cette proximité auraient engendré une langue originelle qui va ensuite essaimer à travers le monde. C’est du moins une hypothèse qui repose sur une analyse approfondie des langues actuelles (Merritt Ruhlen). Celle-ci démontre que, parmi plus de 6000 langues dénombrées dans le monde aujourd’hui, on observe une trentaine de racines communes, par la suite déclinées.

Ainsi toutes les langues dériveraient d’une langue « mère » balbutiée par une poignée d’individus, il y a plus de 50 000 ans. De cette matrice vont naître les familles de langues dont le proto-indo-européen. Sanscrit, grec, latin et ses déclinaisons, dont le français, les langues germaniques, dont l’anglais, les langues slaves et d’autres encore. Une seule famille, qui remonte à 6000 ans, pour toutes ces langues si familières mais aux apparences si différentes.

Au total, on estime à plus de 30 000, les langues pratiquées au cours de notre histoire. Leur disparition s’effectue actuellement au rythme d’une par semaine. L’Unesco a récemment recensé 2500 langues en péril ou du moins vulnérables pour un total de 6912 langues actuellement en vigueur, selon l’Ethnologue, l’index officiel.  Quant à notre pays, on dénombre pas moins de 26 langues (le basque, le breton, le corse mais aussi le picard ou encore le poitevin-saintongeais) en majorité “sérieusement en danger”.

Dans cette quête de la mère de toutes les langues, le dernier mot revient à l’historien Hérodote qui raconte que le roi Egyptien Psamtik au 7ème siècle avant notre ère aurait enfermé deux enfants dès leur naissance en interdisant toute communication extérieure, afin de savoir, une bonne fois pour toute, quelle était la langue originelle. A l’époque, on hésitait entre l’égyptien et le phrygien. Autrement dit, blanc bonnet et bonnet blanc.


A voir, à lire pour aller plus loin

6.2.3 DVD Promo 468-60

Le tout premier million d’humains

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Posté par fabrice
 

- 40 000 ans

Compter sur eux

Le cap du million d’humains vient d’être franchi

Enfin, on peut respirer. L’espèce humaine vient de franchir pour la première fois le seuil du million d’habitants.

La partie n’était pas gagnée. A ses débuts, l’espèce humaine se comptait par dizaine de milliers d’individus ; tout au plus quelques centaines de milliers, vraisemblablement moins. Certains estiment à 30 000 le nombre de représentants de notre famille lors de la période la plus critique, dont 10 000 reproducteurs. Moins de 10 000, cette population n’aurait pas été viable et leurs descendants n’auraient pas fait parler d’eux. Dommage, leurs descendants, c’est nous.

A partir de -40 000 ans, le progrès technique va devenir un facteur de croissance démographique, notamment en Europe. Ce phénomène va être amplifié par la glaciation qui, en abaissant le niveau des mers, favorise les mouvements migratoires et donc le peuplement de nouvelles contrées, comme les Canaries, l’Egypte et même l’Arabie.

Bref, en quelques milliers d’années, entre –10 000 et – 8000 ans, la population va probablement décuplée, en atteignant, par exemple au Proche-Orient, 5 millions d’habitants et en Europe, près de 400 000 habitants. A cela s’ajoutent bien sûr les autres populations (Chine, Inde, Mexique…).

Du coup, à l’époque de Jésus-Christ on dénombre 250 millions d’hommes ; 250 millions d’âmes à sauver, si l’on se place du point de vue de notre Sauveur ! Cet effectif restera quasiment stable (avec une légère baisse vers 500 ans) jusqu’au premier millénaire. Puis au début des années 1800, le nombre d’âmes aura quadruplé : le premier milliard d’êtres humains vivant simultanément sur la Terre est atteint. C’est à cette époque que Malthus publie (en 1798) son essai prédisant une pénurie probable de ressources pour faire face à cet afflux de population.

On connaît la suite : 2 milliards d’êtres humains en 1925, 4 milliards en 1975 et vraisemblablement 9 milliards en 2050. On est toutefois loin des prévisions des années 60 annonçant une population mondiale pouvant atteindre les 50 milliards d’habitants.

Il a fallu 10 000 générations pour atteindre les 2 milliards d’habitants, une seule suffit désormais pour ajouter 2 milliards supplémentaires. En répartissant de manière uniforme l’ensemble de la population sur la Terre, la distance moyenne entre deux « voisins » est ainsi passée de 52 mètres en l’an 500 à 23 mètres en 1950. Plus que jamais les rapports de voisinage sont à préserver.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Origine et évolution des populations humaines, de Bernard Vandermeersch, Olivier Dutour et Jean-Jacques Hublin. Cet ouvrage présente l’évolution de l’humanité depuis les premiers primates hominoïdes de l’Oligocène jusqu’aux temps historiques.
  • La population du monde : 6,5 milliards, et demain ? de Catherine Rollet. En moins de deux siècles, la population mondiale est passée de 1 à 6,5 milliards. S’agit-il d’un phénomène transitoire ou doit-on craindre une explosion démographique ? Et si tel était le cas, quelles en seraient les conséquences sur l’équilibre mondial ?
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