- 3 000 ans (avant notre ère)
Quand la MISE fut venue

En 1997, un cerveau électronique met en terme à des siècles d’hégémonie de cervelles humaines : Deep blue d’IBM bat pour la première fois un champion du monde d’Echec (dans le cadre d’une partie d’échec avec contrôle du temps traditionnel). Pour l’intelligence humaine, championne de la « phosphoration » toutes catégories, c’est à la fois une terrible humiliation et une formidable victoire.
Dans cette histoire, reconnaissons-le, l’homme a été beau joueur. En premier lieu, saluons sa patiente : 5000 ans avant que n’émerge le concept de jeu de société à partir de premiers balbutiements de la civilisation. Puis, de cette étape, attente identique pour transmettre le goût du jeu à des cerveaux cybernétiques. En second, reconnaissons sa mansuétude : il consacrera, sans rechigner, toute son intelligence dans l’unique but de se faire battre par une de ses propres inventions.
Quand la société se prend au jeu
Mais revenons à la case Départ. Nous sommes en Égypte, 3000 ans avant notre ère. Pour la toute première fois, la société se prend au jeu en concevant le tout premier jeu de société connu. Il consistait à déplacer des pions sur 3 rangées de 6 cases. Bien plus tard, vers le Ve siècle (après J.-C), les Perses en complexifient le principe : Ils introduisent un principe de hiérarchisation des pièces. D’une certaine manière, les bases du jeu d’échec[1] étaient posées. Il prend le nom de Chatrang.
Cependant, l’origine du jeu d’échec est encore controversé et les seules traces tangibles datent des années 600. Il s’agit de textes transcrits qui mentionnent l’existence de joueurs d’échecs. C’est d’ailleurs de cette période que remonte le véritable ancêtre officiel : le jeu indien Chaturanga. Rançon du succès, les échecs multiplient les légendes à leur égard.
A partir de l’invasion de la Perse par les arabes (en 637) , les échecs vont connaître un essor considérable. Au cours des IXè et Xème siècle, on évoque les premiers traités sur le sujet et les premiers champions. Puis vers l’an mil, le jeu est introduit en Europe via l’Espagne alors musulmane.
Quand les égyptiens étaient beaux joueurs
Décidément, les Égyptiens ont l’esprit joueur. A la même époque, ils imaginent un autre jeu : le Mehen ou jeu du serpent. Un serpent enroulé sur lui même est représenté sur une tablette. Les joueurs doivent progresser sur ce parcours, en utilisant des figurines, 3 lionnes et 3 lions et 36 billes. Un jeu de l’ Oie en quelque sorte.

- Le jeu de Senet, une forme de damier de 30 cases réparties en 3 rangées.
Un peu plus tard, ces mêmes Égyptiens conçoivent le jeu de Senet (jeu de passage se jouant à deux), considéré comme l’ancêtre du Backgammon. Les premières représentations, datées– 2650 ans avant J.-C., apparaissent en peinture sur les tombes de pharaons. Les égyptologues exhumeront une quarantaine de jeux dans un état de conservation exceptionnelle. Apparu au moment de l’âge d’or de la civilisation égyptienne (Ancien Empire), ce jeu est sans doute devenu le plus populaire de l’Egypte lors du Nouvel Empire (-1500 à -1000 ans).
Quand le jeu n’en valait pas encore la chandelle
Cette volonté d’animer nos longues nuits d’hiver ne datent probablement pas d’hier. L’historien néerlandais Johan Huizinga[2] considèrent que les sociétés humaines sont profondément façonnées par le « su specie ludi », l’élément ludique. Guerre et paix, art, justice, langue philosophie, tout ne serait que jeu.
Bien que nos aïeux d’il y a 30 000 ans de nous aient laissés aucune trace de jouets, leurs enfants s’amusaient vraisemblablement avec des objets dénichés ici ou là, comme le font encore aujourd’hui certains tribus primitives.
A partir du moment où le nomade devient paysan (à partir de 10 000 av- J.-C.), on découvre des objets miniaturisés d’outils, d’armes, des statuettes et des figurines représentant notamment des animaux. Peut-on parler de jouet ? On l’ignore bien évidemment.
Quand “Alea jacta est“
Cette fois les dés sont lancés. Apparus chez les Égyptiens, les dès faisaient largement partis du paysage ludiques dans les couches populaires romaines comme dans les hautes sphères. On rapporte que l’empereur Néron n’hésitait pas à jouer sur un coup de dés la somme de 400 000 sesterces, soit l’équivalent de la solde de 400 soldats
Plus généralement, Grecs et Romains prisaient particulièrement les jeux de sociétés stratégiques, comme le « jeu de poilis » (jeu de la ville) ou le jeu romain à caractère militaire « Latroncules ».
Quand on abat une nouvelle carte
Dans cette panoplie des jeux traditionnels, il reste une carte à jouer. Le jeu de cartes fera son apparition pour la toute première fois en 1370. Les jeux de cartes inondent l’Europe grâce à l’essor de l’imprimerie. A la fin du XIXe siècle, les cartes adopteront des décors spécifiques, plus proches du réel. La voie est ouverte pour de nouveaux types de jeux, comme le Monopoly dont le premier lancé de dés date de 1930.
En 1971, l’univers ludique connaît une nouvelle aventure avec les tout premiers jeux de rôle, signe avant-coureurs d’une société en pleine transformation tendant à allier performance individuelle et plaisirs partagés. Gary Gigax et son ami Dave Arneson conçoivent un jeu d’un genre nouveau : “Chainmail”. Bien qu’il s’agisse d’un jeu de guerre, des créatures fantastiques y sont incluses, ainsi que de la magie, et surtout la possibilité de jouer à “un contre un”.
Aujourd’hui, 700 nouveaux jeux sont mis sur le marché chaque année et compte tenu de la progression des ventes (+ 35% en 2005), le jeu en vaut apparemment la chandelle.
Quand le jeu devient vidéo
1972 marque une nouvelle ère dans le monde du jeu. Pong, le tout premier jeu vidéo ayant un succès commercial, rentre dans la grande famille des jeux par la petite lucarne, en se connectant au téléviseur familial. 40 ans plus tard l’industrie du jeu est particulièrement florissante tandis que leurs auteurs restent pratiquement inconnus du grand public, du moins pour leur activité lié aux jeux. Qui se souvient que Steve Jobs, le fondateur d’Apple, a été programmeur chez Atari ou que l’un des tout premiers jeux vidéo Tetris est l’œuvre d’un chercheur soviétique, Alexei Pajitnov ?
Avec Tetris (1985), SimCity (1990), Myst (1993) ou World of warcraft (2004), le jeu est devenu une véritable industrie où la mise se compte en millions de dollars. En 2006, rien qu’aux Etats-Unis, l’industrie du jeu vidéo générait un chiffre d’affaires de 12, 5 milliards de dollars. De quoi se prendre au jeu !
De la gestion des dominos tombant du ciel de plus en vite (Tetris), à celle d’une ville (SimCity) , jeu qui séduira bon nombres d’organismes jusqu’à la CIA, le jeu devient pluridisciplinaire. Il apparaît tantôt comme une œuvre d’art (Myst), comme un outil de formation (serious games), ou de simulation, une oeuvre de fantaisies ou encore une méthode d’introspection. Avec Word of warcraft qui mobilisent plus de 10 millions d’internautes mais surtout avec la Wii qui devient un coach personnel, sans aucun doute, un cran supplémentaire est encore atteint.
En 5000 ans, le jeu a beaucoup rebattu les cartes au point de devenir un véritable empire au service ou au détriment de la société, à vous de juger. Il devient un enjeu de société tant du point de vue éducatif : 5 millions d’enfants américains seraient devenus addicts- qu’en terme écologique : les trois principales consoles (Wii, Xbox 360 et Playstation) consomment 16 milliards de kwh par an, rien qu’aux USA, selon le Natural Resources Defense Council (NRDC).
Face à une avidité de virtualité, les maîtres du jeu deviendront-ils les maîtres du monde ? Du moins, deviendront-ils les maîtres d’un monde qui, comme le pense le sociologue Michel Maffesoli, est en train de changer de paradigme : aujourd’hui et encore plus demain, place au présent et au carpe diem. Tout l’univers des jeux en somme.

Le jeu en quelques dates :
- Vers 3000 ans Av-J.-C : premières toupies & premiers jeux de sociétés
- 700 ans Av-J.-C : premières poupées avec membres articulées ;
- 500 ans Av-J.-C : jeu de la Marelle;
- 600 ans ap J.-C : premiers joueurs d’échecs
- Du temps des croisades : précurseur du poker, variante du jeu iranien Asnas ;
- 1890 : le Bridge, issu du Whist mais avec la possibilité de choisir son atout ;
- 1900 (vers) : Invention de jeu de Belotte par F. Belot.
- 1930 : Premier Monopoly ;
- 1950 : Apparition du Scrabble ;
- 1952 : Oxo, 1er jeu vidéo, basé sur le principe d’alignement ;
- 1954 : jeu des 1000 bornes ;
- 1957 : précurseur des wargames et des jeux de simulation ;
- 1958 : Tennis for two, jeu vidéo sur ordinateur relié à un oscilloscope ;
- 1971 : précurseur des jeux de rôle, le jeu de guerre Chainmail qui introduit des créatures fantastiques ;
- 1974 : premiers jeu de rôles : Donjons et Dragons ;
- 1984 : premiers jeux de connaissance « prêts à jouer, sans apprentissages de règles, comme le Trivial Poursuit ;
- 2003 : premiers avatars sur Second Life (SL), un monde virtuel en 3 D
1 - Peu d’inventions n’auront fait l’objet d’autant de mystères et de légendes que la naissance du jeu d’échec. Parmi elles, citons celle du roi Belkib (- 3000 ans ) qui cherche à tromper son ennui. Il promet une forte récompense à celui qui y parviendra. Sissa, un sage du royaume, lui présente le jeu d’échec. Il lui demande en échange, un cadeau qui parait anodin : lui verser 1 grain de blé sur la première case, puis 2 sur la seconde, 4 sur la troisième, 8 sur la quatrième et ainsi de suite. Bien conseillé, le roi Belkib refusa le marché qui aurait mené le royaume à la catastrophe. Toutes les récoltes de l’année n’auraient pas suffi. Sur la 64ème et dernière case du jeu, le roi aurait dû déposer 18 446 744 073 709 551 615 grains de blé. Loin d’être une paille !
A visionner pour mieux comprendre :
A voir et à lire pour aller plus loin :
- La saga des jeux vidéo : De Pong à Lara Croft
; Daniel Ichbiah –Ed. Vuibert. La saga des jeux vidéo raconte comment une poignée de créateurs a donné naissance à un langage universel. Fourmillant d’anecdotes et de témoignages, cet ouvrage relate la métamorphose de l’industrie du jeu vidéo durant trois décennies.
- Homo ludens
- Si le nom d’Homo sapiens ne convient pas très bien à notre espèce parce que nous ne sommes pas tellement raisonnables, si celui d’Homo faber nous définit encore moins bien, car faber peut qualifier maint animal, ne pourrait-on pas ajouter à ces termes celui d’Homo ludens, ” homme qui joue ? ” C’est ce que propose Johan Huizinga dans cet essai, où il montre que le jeu est facteur fondamental de tout ce qui se produit au monde.
- Visitez Homo Ludens le site internet du Groupe de recherche sur la socialisation et la communication dans les jeux vidéo. Jouer est une fonction vitale pour le développement de l’humain. L’homme est un Homo Ludens!
- LE jeu le plus dur au monde ! Le but est très très simple. Il suffit de déplacer un carré rouge d’une zone à une autre sans toucher les boules bleues et en attrapant les boules jaunes. Tout cela sans chrono donc vous avez tout votre temps !!!