jeudi, 18 mars 2010

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Archive pour: septembre, 2003

Les tout premiers gourmands

1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (votes : 2)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

Entre - 3 et 2,5 millions d’années

La gourmandise est un vilain défaut mais pas les dino !


Viande et gourmandise font leur entrée sur la scène de l’humanité.

« Avez-vous déjà goûté au porc-épic ? Non ? Alors, venez dîner ce soir. Une fois les épines retirées, vous verrez, c’est un délice. »

Yves Coppens imagine ce dialogue « de fins gourmets » [1] entre les premiers hommes, - les Homo habilis qui font preuve d’une gourmandise toute nouvelle depuis qu’ils ont appris à apprécier la viande.

Lorsque les papilles  s’émoustillent

Et si nous faisions un petit retour en arrière pour comprendre comment les papilles de nos ancêtres se sont progressivement émoustillées.

Deux millions et demi d’années : devant nous, affalé sur le flanc gauche un dinothérium, une sorte d’éléphant doté de défenses inférieures . Autour, une bonne dizaine de chasseurs équipés d’éclats de silex. Ils s’affairent avec acharnement à découper leur proie. Certains mangent leurs morceaux sur place, d’autres les prélèvent pour les manger à l’écart.

Du serpent, de la gazelle et d’autres gibiers, la nourriture à base de viande fait son apparition dans le garde-manger de l’homme du paléolithique vers 3 millions d’années. Si le gibier est petit, il est découpé et rapporté au camp de base, sinon il est dépecé sur place.

Pour les premiers européens, tout est bon et pas uniquement dans le cochon !

homoanteccessor
Illustration de l’Homo antecessor, ayant vécu sur le continent européen avant l’homme de Néandertal, en ayant probablement migré de l’Afrique par le Proche-Orient.

Nous avons progressé à travers le temps. L’image du dinothérium est désormais du passé. Nous voici maintenant, au cœur d’une vaste prairie,  située à la confluence de 2 rivières. Observons cette faune bigarrée qui s’agite : lynx, ours, panthères et quelques hyènes à l’affût.  Sur notre flan nord-ouest,  se dressent des Châtaigniers, genévriers, chênes. Nous sommes dans le nord de la péninsule Ibérique, dans une zone où il fait bon vivre. Il y a de cela un peu moins d’un million d’années (800 000ans) [2].

La nourriture est abondante et variée : chevaux, cerfs, des sangliers et même des rhinocéros. Pourtant, il semblerait qu’elle ne soit pas au goût de tout le monde. Au milieu de restes d’animaux : des enfants, des adolescents et quelques jeunes adultes. Inertes . Ils viennent d’être tués par une bande rivale à coups de couteaux en pierre. Ils seront dépecés sur place.  Pas par rituel, non, par gourmandise.  Un repas gastronomique en quelque sorte.

Pour ces tout premiers européens –car il s’agit des premiers européens-,  était-ce un festin ou un repas ordinaire ? Nul ne le sait. En revanche, ces actes de cannibalisme, sans doute pas les plus anciens, ne semblaient ni isolés ni imposés par la famine car la nourriture était abondante.

L’homme devient omnivore

Manifestement l’homme vient de prendre goût à la viande, sous toutes ses formes.   Il est devenu omnivore, ajoutant aux fruits et végétaux de la viande, crue au début, puis cuite, il y a 500 000 ans. Entre temps, il sera passé par une phase de séchage. Découpage, séchage, masticage, et bien plus tard élevage !

Pour ces cuisiniers en herbe, les premières cuissons ne devaient être pas plus à point qu’au point. La viande était probablement cuite sur des roches chauffées, plus tard, à l’aide d’ustensiles en bois, en pierre, voire en peau.

Pour Yves Coppens, la gourmandise a pu commencer à titiller les premiers hommes lorsque ceux-ci reniflaient les effluves d’animaux en train de rôtir, prisonniers des flammes lors d’incendies de savane.

L’association de l’émergence de la conscience, entre 2,5 millions et 3,5 millions d’années ,et la diversification des pratiques alimentaires vont engendrer les premières formes d’art culinaire, sans qu’on sache trop à l’époque s’il s’agit de l’art ou du cochon, ou plutôt du porc-épic. Il faudra attendre cependant vers les 10 000 ans et les propriétés de la cuisson de l’argile pour goûter aux premiers plats mijotés.

Actualisé le 29 juin 2009

1 - Cette scène, décrite par Yves Coppens, professeur au Collège de France, pour le Nouvel Observateur, remonte à environ 2 millions et demi d’années..

2- Cette évocation de cannibalisme s’inspirent des découvertes faites sur le gisement d’Atapuerca dans le nord de l’Espagne. Elles datent de 800 000 ans, et représentent le premier cas de cannibalisme avéré de l’histoire de l’humanité.  Selon les chercheurs, il ne s’agit d’actes ponctuels mais continu dans le temps. Leurs “auteurs” sont des homo Antecessor, aux traits à la fois archaïques et modernes, ayant précédés l’homme de Néandertal et l’Homo sapiens.


A goûter et à déguster :

  • En téléchargement gratuit : Le grand dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas. En gourmet et cuisiner émérite, Dumas s’est passionné toute sa vie pour la gastronomie. Durant ses dernières années, il se consacre à la rédaction d’un monumental Dictionnaire de Cuisine, où il entremêle recettes, souvenirs personnels, anecdotes et réflexions en tous genres. Ce Dictionnaire, on s’en doute, est un régal. (merci à www.pitbook.com)
  • Un festin en paroles : Histoire littéraire de la sensibilité gastronomique de l’Antiquité à nos jours, de Jean-François Revel. Il est difficile de se faire une idée précise, palpable, concrète des cuisines du passé. Quel goût avaient les vins que buvaient César ou Horace ? Quelle saveur avaient les ragoûts du Moyen Âge ou les pâtés rabelaisiens ? C’est au détour de mémoires, de correspondances, de romans que Jean-François Revel a retrouvé la trace de ces mets disparus. Une succulente promenade littéraire à travers trois mille ans de souvenirs et de révolutions gastronomiques.
  • OCHA - Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires : Un site ressource sur l’alimentation, les cultures et les comportements alimentaires en relation avec les identités, la santé et les modes de vie.
  • Histoire de l’alimentation. Un récit palpitant (dirigé notamment par Jean-Louis Flandrin, universitaire, spécialiste du goût et de l’alimentation) où les données historiques se mêlent aux comportements alimentaires, aux représentations diététiques et religieuses, aux anecdotes drôles, cocasses, toujours étonnantes, toujours colorées, naturellement savoureuses.
4.5.3 High Tech 468-60