- 3 milliards 800 millions d’années
Viva la vie
Nous sommes à l’aube de la vie. Pourtant, rien dans le paysage ne suggère une si prometteuse naissance.
Un vent violent souffle depuis des millions d’années, sans répit. Hélas, il ne nettoie pas le ciel qui est encombré de couches nuageuses épaisses (au moins 10 km d’épaisseur), de couleur brunâtre, traversées d’éclairs démesurés. Il pleut, toujours et encore. L’atmosphère est suffocante. Gaz carbonique, méthane et ammoniac composent cet air chaud qui ne descend pas sous les 50°c, la nuit. Le paysage est exclusivement minéral, pas un soupçon de verdure, et cela pour plus de 3 milliards d’années. Par bonheur, une journée de cet enfer ne dure qu’une dizaine d’heures car la Terre tourne plus vite qu’aujourd’hui !
Pourtant, de cet environnement « à ne pas mettre un chat dehors » va éclore la vie. Cela semble relever du miracle. Le secret de ce miracle est tapi au fond des océans.
Vers 3 milliards 800 millions d’années, les fonds sous-marins connaissent une forte activité volcanique. De très nombreuses failles sous-marines laissent pénétrer l’eau de mer qui va s’infiltrer, grâce à ces crevasses, dans les entrailles de la Terre. Là, au contact du magma de plus de 1000 degrés et des roches en fusion, l’eau de mer plus froide provoque des perturbations chimiques avant d’être expulsée vers la surface, chargée de ces nouveaux ingrédients. Parmi ces ingrédients, les fameux acides aminés qui seraient alors les toutes premières briques de la vie.
Ces cheminées des profondeurs, on les appelle les « fumeurs noirs »[1] . Ils seraient ainsi le creuset où la chimie minérale passe le relais à la chimie organique. Dieu ne serait donc pas un fumeur de havane, comme l’annonce la chanson mais « un fumeur noir » !
Pour être tout à fait honnête, d’autres hypothèses sont avancées par les scientifiques pour expliquer l’apparition de la vie. Certains la voient apparaître, à la faveur de l’atmosphère primitive qui s’est rafraîchie, à la surface de certains minéraux, dans des zones marécageuses ; d’autres soutiennent que la Terre aurait été ensemencée lors d’impact de météorites abritant déjà des bactéries.
Tandis que certains ont la tête dans les étoiles, d’autres, biologistes ou biochimistes, gardent les pieds sur Terre et nous concoctent des nouvelles approches surprenantes pour ne pas dire subversives d’un point de vue théologique. Leur travaux réduisent à une peau de chagrin la frontière entre l’inanimé et l’animé et par la même le périmètre du Créateur. Dans certaines conditions de déséquilibre ou de chaos, ils observent des phénomènes qui produisent, à partir d’éléments inertes, des structures organisées aux propriétés proches d’organismes vivants. Il devient possible d’imaginer que ces processus, appelés auto-organisation , génèrent « spontanément » de la matière vivante. La magie de ce pouvoir créatif réside dans le fait que la complexité d’un ensemble d’éléments en interaction dépasse l’addition des propriétés individuelles. Selon les modèles d’auto-organisation, la vie biologique ne serait qu’un prolongement naturel et presque inévitable de la non-vie, bien éloignée de la vision de Monod qui considérait l’émergence de celle-ci comme « hautement improbable ». Du vivant qui se fabrique tout seul, voilà de quoi interpeller Lamartine : Objets inanimés avez-vous donc une âme ?
Appuyant cette thèse, des chercheurs ont récemment été surpris par le comportement de poussières interstellaires inorganiques et désordonnées soumis à certaines conditions (plasma). Elles s’organisent de manière très structurée, en hélice ou en tire-bouchon. Mieux, ces structures se divisent, se transforment et se multiplient. Rappelons que les caractéristiques de la vie sont l’autonomie, la reproduction et l’évolution…et que nous sommes poussière et que notre destin est de redevenir poussière !
Quoi qu’il en soit, il y a 3 milliards 800 millions d’années, la vie est là, sous forme de micro-organismes. Tout en proliférant, elle gardera cette physionomie, pour ne pas dire simplicité, durant des centaines de millions d’années.
« Dieu dit que les eaux grouillent de bestioles vivantes(…) Dieu vit que cela était bon ». Et La Genèse poursuit : « Il y eut un soir, il y eut un matin ».
1 - L’environnement des fumeurs noirs est très chargé en hydrogène et en méthane, comme si l’eau était débarrassée de son oxygène, situation propice à la vie embryonnaire qui, à ce stade, fuit l’oxygène comme la peste. Aujourd’hui encore, se développent, autour des sources hydrothermales des grandes profondeurs, des colonies de bactéries adaptées à ces conditions extrêmes.
A voir et à lire pour aller plus loin :